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Le « soft power » russe, dans les pays baltes…et ailleurs


En 2003, le Ministre des Affaires étrangères russe Igor Ivanov déclare : « Notre devoir est de nous occuper activement de la défense du statut juridique de la langue russe dans les pays de la CEI et dans les pays baltes, de contrer les discriminations à son égard et dans la mesure du possible, d’obtenir sous une forme ou une autre le statut de langue officielle ».

Le ton est donné : depuis cette date (en fait depuis l’arrivée de Poutine aux affaires, 17 ans déjà…), la Russie n’a de cesse de regagner, sur les différentes scènes des relations internationales, le terrain perdu depuis la fin de l’ère soviétique.

Il convient de ne pas oublier que ces trois pays sont en quelque sorte pris en tenaille entre l’enclave de Kalinigrad et le reste du territoire russe. Sans oublier la Biélorussie, alliée fidèle et inconditionnel de Poutine (Loukachenko lui-même ne parle pas biélorusse, mais seulement russe…)

Dans les pays baltes (qui, on l’a vu, ne sont pas oubliés par Igor Ivanov, d’autant qu’ils sont alors à la veille d’entrer dans l’UE), ces efforts sont particulièrement visibles. Ainsi le président du Mouvement européen de Lettonie, que j’ai eu la chance de rencontrer cet été à Riga, me donnait cet exemple frappant : nous avons dans ce pays 24 chaînes de télévision, 4 seulement sont en langue lettone, les les autres sont russophones. Il m’expliquait également la manière dont on a réglé, dans son pays, la situation des Russes d’origine (et de langue) dans leurs rapports à leur patrie d’origine et à leur pays d’appartenance. C’est trop compliqué pour qu’on en parle ici, mais on peut y voir, là aussi, une pression dénuée de toute ambiguïté : ainsi ceux qui font le choix de garder la nationalité russe disposent d’un visa permanent et gratuit qui leur permet d’aller et venir librement entre la Russie et la Lettonie.

Que faut-il en penser ? D’abord qu’on a là un exemple frappant de ce qu’il est convenu d’appeler depuis longtemps « soft power », une conquête qui ne dit pas son nom mais qui passe par la culture, la langue, la religion, le mode de vie, l’identité. Le premier réflexe est de trouver cela inquiétant.

Pourtant il n’y a a priori rien d’aberrant à cela, surtout dans les 3 États baltes (*), où les minorités russophones sont très importantes : héritage de l’histoire, il faut bien faire avec…Et puis n’avons-nous pas connu la même chose au lendemain de la guerre, avec l’arrivée massive d’un « american way of life » qui s’est imposé, et qui s’impose toujours, sans violence (y compris par la langue : le terme même employé ici en est un exemple).

Allons plus loin : toutes les anciennes puissances coloniales (et même d’autres grands pays) n’agissent pas autrement en essayant de promouvoir leur culture, leur langue, parfois leurs habitudes, sachant que la promotion des entreprises et des produits commerciaux suit de peu cette première étape. L’Union européenne elle-même a souvent été vue (voire accusée à ce titre par certains) comme exerçant une forme de soft power à ses marges, en particulier dans les Balkans. Il n’y a rien là que de très normal, c’est la vie et rien d’autre. Et parfois, il n’y a pas le choix.

Il est bien évident que ce qui pose problème dans le cas du soft power russe, où qu’il s’applique, c’est la personnalité du chef de l’Etat, sa manière à la fois habile et brutale de « pousser ses pions » au risque de faire courir au monde entier de graves dangers. La Syrie est évidemment le meilleur exemple, mais l’annexion de la Crimée, rendue de toute évidence possible par la reculade américaine en Syrie malgré le franchissement de la ligne rouge par le sinistre Bachar, est dans les mémoires.

Bref le soft power n’est -peut-être- pas un problème en soi puisque c’est la chose du monde la mieux partagée, il le devient lorsqu’il est exercé avec des arrière-pensées à peine déguisées, et surtout lorsqu’il se transforme brutalement en « hard power », comme on l’a vu en Ukraine.

C’est cela, bien évidemment, que redoutent nos amis de Lettonie, Lituanie et Estonie. Et c’est là que nous devons nous tenir à leurs côtés. C’est aussi ce qui explique que le sentiment d’appartenance européenne y soit particulièrement fort.

Jean-Luc Bernet

(*) On utilise cette expression par commodité malgré son caractère inadéquat : l’Estonie se distingue des deux autres pays par sa langue qui n’est pas indo-européenne contrairement au letton et au lituanien.


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