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Tribune: Merci qui ? Merci M. Trump !


« L'OTAN est obsolète » ; la brutalité de Donald Trump nous agace, mais à quelque chose malheur est bon et les Européens commencent enfin à se rendre compte que le parapluie américain est rangé au fond d'un placard. « L'OTAN en état de mort cérébrale » : Emmanuel Macron a dit tout haut ce que certains avaient en tête et ce que d'autres ne voulaient pas voir : notre assurance-sécurité américaine est désormais échue.

Depuis la Seconde guerre mondiale, nous avions pris l'habitude de considérer que le shérif américain allait toujours nous protéger contre les « méchants ». Nous avions refusé de voir certains signes qui auraient dû nous alerter sur la disparition progressive de cette protection. Déjà, en 1956, les Américains nous avaient bien fait comprendre qu'ils désapprouvaient fortement l'expédition franco-britannique chargée de "reconquérir" le canal de Suez, nationalisé par l'Egypte de Nasser. Les gouvernants français et britannique en ont tiré des leçons différentes : pour les Anglais, seul un alignement inconditionnel sur les positions américaines leur semblait pouvoir consolider leur « relation spéciale » avec Washington. Les gouvernements français successifs ont eu des conclusions inverses : on n'est jamais si bien servi que par soi-même et, dès la fin de la IVe République, ils ont commencé à développer une force de frappe atomique autonome. Le général de Gaulle a poursuivi cette politique d'indépendance, allant jusqu'à retirer la France du commandement intégré de l'OTAN.

Nos partenaires allemands, vaccinés contre le militarisme, se sont réfugiés prudemment sous l'aile américaine, ce qui pouvait se comprendre dans le contexte de la « guerre froide » : ils étaient au contact direct avec les Soviétiques le long du « rideau de fer » et, de plus, cela leur permettait de consacrer toutes leurs ressources à leur reconstruction.

Le concept de « riposte graduée », adopté (1962) par les Américains, aurait dû leur ouvrir les yeux : désormais, l'arme nucléaire américaine pourra être utilisée de manière graduée (avec plus ou moins de puissance) suivant le niveau de menace tel qu'il serait apprécié par les seuls militaires américains. Cela voulait dire, en creux, que dans certains cas les États-Unis ne frapperaient pas l'U.R.S.S en cas d'intervention soviétique en Europe. L'absence de réactions américaines autres que verbales à l'écrasement de la Hongrie (1956), à la construction du Mur de Berlin (1961), à la répression du « printemps de Prague » (1968) confirmait cette stratégie.

La disparition du « Rideau de fer » (1989) et l'évaporation de l'U.R.S.S (1991) ayant fait disparaître, dans un premier temps, toute menace existentielle sur l'Europe a conforté les U.S.A dans leur retrait progressif de notre continent. L'OTAN a été maintenue en activité (contrairement à son équivalent communiste, le Pacte de Varsovie), surtout pour permettre aux Américains d'étendre leur influence dans les pays d'Europe centrale et orientale, très demandeurs d'une assurance contre le retour de l'ancien maître russe.

Mais, au fil du temps, la Chine a pris la place de « grand méchant loup » pour les États-Unis qui, désormais, répugnent à prendre en charge l'Europe devenue entre temps un concurrent commercial embêtant : "pourquoi continuer à payer pour des Européens dont les intérêts divergent des nôtres et qui, de plus, seraient en mesure de payer leur propre défense", se disent-ils ?

Obama nous le faisait comprendre avec ses manières policées, Trump nous le confirme avec ses manières de cow-boy : les États-Unis regardent vers le Pacifique et plus vers l'Atlantique.

Le conflit en Syrie a servi de révélateur : Obama a lâché les Européens en renonçant au respect de ses « lignes rouges » (utilisation des armes chimiques par le régime syrien contre sa population civile) alors que les Français et les Britanniques étaient prêt à intervenir militairement. Ensuite Trump a laissé le champ libre aux séides du régime de Damas, aux milices au service des Turcs et aux militaires russes, en laissant tomber les Kurdes qui avaient porté l'essentiel de la lutte occidentale contre Daech.

Malgré tout, chez la plupart de nos partenaires européens, on pense que l'ère Trump est un mauvais moment à passer et que tout va revenir à la normale dans un an, après les élections présidentielles (ou dans 5 ans?). Leur attitude va de la grande prudence des Allemands jusqu'à la flagornerie des ultra-conservateurs polonais en passant par l'illusion des Britanniques sur la pérennité de la « relation spéciale » et par la foi aveugle dans le neutralisme pour cinq pays de l'Union européenne*. Il serait temps que les Européens prennent en main leur défense ; de toute les façons, les Américains leur imposeront de payer pour cela, alors autant que cet argent soit investi dans des matériels militaires européens. Merci M. Trump !

Frédéric Bourquin, président de la Maison de l'Europe de Nîmes

* Autriche, Finlande, Irlande, Malte, Suède.

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