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Discours sur l'état de l'Union : « Renforcer l’âme européenne ! »

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prononcé le 15 septembre devant les députés européens le deuxième discours de son mandat sur l’état de l’Union européenne. Elle a tracé les contours de la reprise après Covid et a appellé une plus grande autonomie européenne.

Par ce discours, chaque année depuis 2010, en septembre, le président de la Commission européenne s’adresse au Parlement européen mais aussi aux 470 millions de citoyens européens pour dresser un bilan de l’année écoulée et présenter les enjeux et les projets pour l’année à venir.


La Maison de l’Europe a organisé une transmission en direct dans son local, pour laquelle des jeunes ayant fait récemment un stage en Europe ou devant en faire un prochainement se sont joints à l’équipe de l’association. Ils ont ensuite échangé leurs points de vue sur les sujets abordés dans ce discours.

Pendant un peu plus d’une heure, Ursula von der Leyen a abordé un grand nombre de sujets, s’exprimant en anglais, en français ou en allemand suivant les thèmes abordés (ce qui a parfois dérouté de façon cocasse le sous-titrage automatique…) :

- La santé

- La jeunesse

- L’économie

- Le socle social européen

- Le développement durable et le Pacte vert européen

- Les relations internationales et la défense

- Les migrations

- Les libertés et l’état de droit


Certains diront qu’elle n’a pas traité tous les sujets (par exemple l’agriculture) mais on ne peut pas parler de tout dans un temps limité. La présidente de la Commission a conclu son discours en insistant sur l’âme de l’Union européenne, « pas toujours facile à percevoir par les citoyens » et a fait applaudir longuement par les députés européens une invitée d’honneur : la championne d’escrime italienne Beatrice Vio, médaillée d’or aux Jeux paralympiques, qu’une maladie a privée des avant-bras et des jambes. Cette championne très active est un symbole de dépassement de soi, de ténacité, de volonté et d’énergie : ces qualités seront nécessaires à l’Europe pour se redresser et se développer après la crise de la Covid.


Revenons sur quelques points forts des sujets traités dans le discours.


La santé. Plus de 70 % de la population adulte de l'UE est aujourd’hui pleinement vaccinée contre la Covid, et l’UE a exporté 700 millions de doses dans 130 pays, soit la moitié de sa production de vaccins. Pour les pays en développement, l’UE livrera 200 millions de doses supplémentaires d'ici mi-2022, en plus des 250 millions déjà promises. D’ici 2027, 50 milliards d’€ seront consacrés à l’Europe de la santé, notamment pour éviter les pandémies ou contrer leur extension.


La jeunesse. Ursula von der Leyen veut faire de 2022 l’année européenne de la jeunesse, à laquelle il a été beaucoup demandé pendant la crise de la Covid. Elle souhaite créer un nouveau programme, ALMA, pour permettre à des jeunes « passés au travers des mailles du filet de la formation » de vivre une expérience professionnelle dans un pays européen autre que le leur, comme Erasmus + le fait pour les formations. Elle a fortement invité les jeunes à s’exprimer à la Conférence sur l’avenir de l’Europe qui est en cours actuellement sur les réseaux numériques.


L’économie. Les 750 milliards d’€ du programme « Next generation EU » doivent permettre « la reprise économique à court terme et la prospérité à moyen et long terme, ce qui demandera des réformes structurelles », « ces financements prépareront l’avenir des jeunes ». A noter : les fonds de ce programme ont commencé à arriver dans les États membres dont les plans d’utilisation des fonds ont été approuvés par la Commission, c’est le cas notamment de la France et de l’Italie. La présidente veut trouver avant 2023 un accord au niveau européen sur la gouvernance économique dans l’UE. L’Europe doit consacrer une part importante de ses investissements (20 à 30%) au numérique : en particulier l’intelligence artificielle et l’industrie des semi-conducteurs, présents dans presque tous les objets de la vie courante et pour lesquels l’Europe doit retrouver une place dans la chaîne de valeur, de la conception à la fabrication. L’Europe du spatial existe et un exemple de réussite est Galileo, le « GPS européen », qui dessert aujourd’hui 2 milliards de smartphones.


Le socle social européen. Le Socle européen des droits sociaux existe depuis 2017, il s’appuie sur 20 principes. Il doit être consolidé et étendu si nécessaire. Il est sain et normal que les entreprises fassent du profit, mais elles doivent aussi payer leur juste part des charges de la collectivité : la Commission européenne continuera à lutter contre les fraudes fiscales et défendra l’application d’un seuil minimum pour l’impôt sur les bénéfices des sociétés.


Le développement durable et le Pacte vert européen. Le changement du climat vient de l’homme, l’homme doit le corriger. La diminution de 55 % des émissions de CO2 en 2030 (par rapport au niveau de 1990) est devenue un engagement européen. L’UE va doubler sa contribution à la préservation de la biodiversité. Les pays développés ont une responsabilité envers les pays en développement pour la préservation du climat. L’UE apportera 4 milliards d’€ à ce titre lors de la prochaine conférence sur le climat, à Glasgow.


Les relations internationales et la défense. L’Union européenne doit prendre part aux affaires du monde et « surmonter les absences de décisions faute de volonté politique dans ce domaine ». L’Europe est aux côtés du peuple afghan, que ce soit en Afghanistan ou dans les pays voisins ; elle apportera une aide de 100 millions d’€. L’UE proposera aux pays tiers, par exemple les pays africains, un type nouveau d’accord sur des investissements européens, le « Global gateway », qui ne créera pas de nouvelles dépendances et assurera le respect des droits humains : par exemple pas de commerce de produits impliquant du travail forcé. La présidente de la Commission a plaidé vigoureusement pour une Europe du renseignement (avec création d’un Centre européen du renseignement) et une Europe de la défense active et autonome dans ses décisions. Un accord nouveau entre l’UE et l’OTAN est prévu pour les prochains mois. L’UE restera attentive et présente auprès des États baltes pour protéger leurs frontières orientales (avec la Russie et le Belarus). Nota Le retrait américain d’Afghanistan précipité (et peu concerté) et la rupture du contrat de construction de sous-marins français par l’Australie montrent que l’Europe n’est plus un partenaire important pour les USA. Dans cette rupture de contrat, l’Australie joue le mauvais rôle mais elle n’a très certainement fait que céder à des pressions politiques et commerciales des USA, très intéressés par la taille immense et la situation de l’Australie dans le Pacifique, où la Chine a une attitude agressive et conquérante. Quoi de plus sûr pour les USA que d’avoir face aux ambitions de la Chine un allié qui ait les mêmes sous-marins que la marine américaine ? En matière de relations internationales, « America first » et le regard vers le Pacifique et la Chine sont aujourd’hui les lignes directrices des USA, et les alliés européens dans l’OTAN doivent en conclure qu’ils ne peuvent plus compter sur le « parapluie américain ». C’est d’ailleurs vers les USA que la France oriente surtout ses reproches pour cette rupture brutale de contrat de sous-marins, avec le soutien appuyé de la présidente de la Commission européenne.


Les migrations. Sans aller dans les détails, la présidente indique que « l’UE a en mains tous les éléments pour définir une politique migratoire européenne ». Jusqu’à présent les désaccords sont profonds entre les pays qui acceptent d’accueillir des migrants et ceux qui refusent, et ce sont toujours surtout l’Espagne, la Grèce et l’Italie qui voient débarquer des migrants sur leurs côtes...


Les libertés et l’état de droit. Mme von der Leyen a rappelé que dans l’Union européenne même il y a eu récemment des journalistes assassinés, à Malte en 2017, en Slovaquie en 2018 et aux Pays-Bas en 2021. Or « la liberté de la presse ouvre la voie à toutes les autres libertés », il faut donc que l’Europe défende la liberté de la presse et plus généralement des médias (regards appuyés – mais pas visibles ! - du côté de la Hongrie et de la Slovénie qui lui emboîte le pas…).

Il faudra beaucoup de persuasion et de détermination à Ursula von der Leyen pour mener à bien ces actions avec l’accord de tous les États de l’Union européenne ! Probablement le conditionnement des aides européennes au respect des valeurs fondamentales européennes sera-t-il un précieux outil d’aide à la persuasion ? ….

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