Etats-Unis - Europe : la nouvelle donne



Au lendemain de l’élection américaine, quelles vont être les relations entre les Etats-Unis et l’Europe ?



Durant son mandat Donald Trump n’a cessé de souffler le chaud et le froid. Pour mémoire il a soutenu le Brexit, apporté une caution idéologique aux régimes populistes européens et déclaré, qu’en cas de réélection, il mènerait une guerre commerciale à l’Europe « pire que la Chine ».

Mais la conjugaison de l’hostilité de Trump, du Brexit, de la montée des ambitions chinoises et de la pandémie de Covid-19, qui a provoqué un sursaut unitaire sur l’effort de relance économique, a Mais

Le 3 novembre, les ambassadeurs des Vingt-Sept auprès de l’Union européenne (UE) se sont mis d’accord : les Européens réagiraient à cette élection à haut risque ensemble, d’une seule voix. C’était un message important à adresser à Washington, après quatre années de ce qui a été vécu par beaucoup, de ce côté-ci de l’Atlantique, comme un désastre existentiel. Trump ou Biden, le futur président des États-Unis aurait affaire à une Europe qui a mûri.

C’est donc à la même heure, autour de 19 heures, que la majorité des chancelleries et les dirigeants des institutions européennes ont envoyé leurs félicitations. Ils ont vu avec soulagement arriver Joe Biden à la tête des Etats-Unis. Ils se réjouissent désormais de pouvoir construire des relations apaisées et respectueuses.

Ursula von der Leyen présidente de la Commission européenne a rappelé que "l'Union européenne et les États-Unis [étaient] des amis et des alliés". " La Commission se tient prête à intensifier sa coopération avec la nouvelle administration et le nouveau Congrès ».

Les mots qui revenaient le plus souvent dans les messages de félicitation des dirigeants européens étaient “coopération” et “multilatéralisme”.


Mais en 4 ans la donne a changé et ce que Trump a détruit ne va pas forcement être reconstruit, du moins à l’identique. Certes le nouveau président américain a les mains libres puisqu’il peut s’appuyer sur le sénat mais réunifier ce pays va être une tâche délicate et il devra donner des gages aux républicains.


Les points positifs


"Alors que Trump était un enthousiaste partisan du Brexit […], Biden s'est déclaré opposé au départ du Royaume-Uni de l'UE et son parti a adressé de sérieux avertissements sur la possibilité d'un accord commercial si Boris Johnson violait l'accord de Brexit avec l'UE sur la frontière irlandaise", résume Hans von der Burchard pour Politico.

Le départ de Trump va également faire perdre un point d’appui aux leaders populistes d’Europe centrale comme Viktor Orban en Hongrie, Janez Jansa en Slovénie et Jaroslaw Kaczynski en Pologne. Cela ne veut pas dire que l’idéologie populiste disparaîtra de l’Europe, loin de là. Mais les « mini-Trump » européens ne pourront plus revendiquer le soutien de la première puissance du monde.


Joe Biden incarne un président profondément atlantiste, entretenant des relations soutenues avec certains dirigeants européens, à commencer par Angela Merkel. Il dessine une administration largement francophone et francophile : Antony Blinken nommé secrétaire d’Etat a fait son lycée et des études de droit à Paris, John Kerry désigné comme conseiller au climat du président est francophone, et Michèle Flournoy, probable secrétaire d’État à la Défense, a réalisé ses études en Belgique.


Dans certains domaines l’Europe et le monde ont déjà reçu des assurances ou au moins des signaux rassurants.

Joe Biden a annoncé qu’il allait revenir dans les accords de Paris sur le climat que son prédécesseur avait quitté avec fracas. L’Europe va désormais retrouver un allié dans la lutte contre le réchauffement climatique.

L’Amérique veut aussi retrouver une place dans les institutions internationales. Elle ne quittera pas l’Organisation mondiale de la Santé en juillet prochain comme l’avait décidé Donald Trump. La lutte contre la pandémie de la COVID 19 est désormais une priorité pour le gouvernement américain. Cela va permettre une meilleure coordination internationale pour endiguer ce fléau.

On peut également s’attendre à un probable déblocage de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et son organe de règlement des différends.



Mais d’autres points sont plus incertains.


L’implication américaine dans l’OTAN (traité de l’Atlantique nord) était déjà un sujet de discussion du temps d’Obama qui considérait que les moyens financiers et humains n’étaient pas répartis de façon équitable entre états. Il demandait un plus grand effort à la défense européenne. Cela va faire rapidement l’objet de nouvelles discussions sur la scène internationale.

Le dossier brûlant du nucléaire iranien va aussi revenir sur la table. Le président Trump avait fait voler en éclats des années de négociations et un accord auquel les Etats-Unis avaient eux-mêmes participé.

L’accord sur le nucléaire iranien a peu de chances de voir une volte-face de la part des Etats-Unis, selon Célia Belin pour Toute l’Europe.eu. « Les Iraniens ne respectent plus les termes du plan d’action conjoint et dépassent largement la production d’uranium enrichi autorisée depuis que Donald Trump a annoncé en mai 2018 le retrait des États-Unis de l’accord de Vienne, signé en 2015 sous Barack Obama. Les dommages causés par cette décision changent la donne et éloignent la possibilité d’une réintégration américaine similaire à celle de l’accord de Paris sur le climat, et ce malgré la volonté de Joe Biden de reprendre les négociations avec l’Iran ».


Des divergences fortes vont persister sur certains dossiers :

La taxation du numérique est un projet européen qui vise à imposer les géants du numérique, dont les principales entreprises sont américaines et payent très peu d’impôts en Europe, environ deux fois moins que les entreprises traditionnelles en Europe, en comparaison de leur activité. Un projet de « taxe GAFAM » est à l’étude par les européens qui pourront difficilement compter sur une coopération américaine pour coordonner ce projet à l’échelle mondiale.

Un autre dossier continuera de susciter des crispations dans les relations transatlantiques, celui de la rivalité entre les géants de l'aéronautique : l'américain Boeing et l'européen Airbus.

Quant à une reprise du projet de traité de libre-échange transatlantique tel qu'il était négocié sous Barack Obama, elle "n'est pas imaginable" pour Célia Belin, les peuples américain et européens s'étant "prononcés pour davantage de protectionnisme". D'après la politologue, "il est plus probable qu’il y ait des négociations sectorielles et un rapprochement plus général établi sur l’idée que les États-Unis et l’Europe sont des compétiteurs, des rivaux, sur les questions commerciales mais pas des ennemis".


L’approche géopolitique des relations internationales


Les divergences de priorités de part et d’autre de l’Atlantique sont patentes. Washington fixe désormais son attention sur l’Asie et la Chine et ne semble plus s’intéresser ni au Moyen-Orient, ni à l’Est du Vieux Continent. Au même moment, les capitales européennes ont le regard tourné vers leurs flancs Sud et Oriental.

En Asie, l’émergence de la Chine représente une menace pour les deux côtés de l’Atlantique, tant du point de vue économique que politique. Aux États-Unis, l’opposition frontale au géant asiatique, même si elle devrait évoluer dans la forme après l’investiture de Joe Biden, est un sujet récurrent.

D’après Maze magazine « En Europe, l’UE a récemment qualifié le géant asiatique de rival systémique et de concurrent économique. Malgré tout, les intérêts de certains États membres, et la volonté de ne pas se priver d’un contrepoids à opposer aux États-Unis sur la scène internationale, amènent également à considérer ce rival comme un partenaire de coopération et de négociation. Au Moyen-Orient, le désengagement militaire devrait se poursuivre, l’ambassade américaine restera à Jérusalem et Joe Biden ne reviendra probablement pas sur l’accord entre Israël, l’Arabie Saoudite et les États-Unis, même si celui-ci n’inclut pas les Palestiniens comme l’aurait souhaité l’UE. Les dossiers turc, iranien, ou encore ukrainien constitueront des baromètres majeurs de l’implication américaine dans des enjeux essentiels pour les Européens ».


En conclusion


Par la virulence de sa diplomatie, Trump a paradoxalement donné l’occasion politique aux Européens d’affronter leurs propres vulnérabilités.

Mais Joe Biden ne renoncera certainement pas à la tendance de vouloir instrumentaliser l’Europe pour défendre les intérêts américains face à la Chine. Ce qui devrait d’ailleurs inciter l’Europe à réfléchir davantage à sa propre voix face aux deux grands géants du monde.

Les Européens doivent profiter du sursaut de raison que marque l’élection de Joe Biden pour prendre conscience que les réactions qui ont valu aux Américains d’avoir Trump pendant quatre ans, largement liées à la mondialisation globale, sont très présentes chez eux aussi.

Au lendemain de la victoire de Joe Biden, les félicitations précèdent souvent les mises en garde. Pour Charles Michel, président du Conseil européen, les Européens doivent rester vigilants, car si les relations transatlantiques sont fondamentales pour l’Europe, les « visions et les intérêts respectifs ne convergeront pas toujours ». De la même manière, Ursula Von der Leyen ne fait pas preuve de naïveté lorsqu’elle évoque la nécessité d’un partenariat transatlantique renouvelé : « Nous ne pouvons pas revenir exactement au même programme qu’il y a cinq ans. Nous ne devons pas tomber dans ce piège ».


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