La Biélorussie, dernier vestige soviétique




Les empires laissent toujours des vestiges derrière eux ; habituellement, il s'agit de monuments, de statues... Mais l'empire soviétique a laissé derrière lui des pays entiers, dont la Biélorussie.


Peu de choses y ont changé depuis l'ère soviétique : culte de la personnalité du dirigeant, élections truquées, répression de l'opposition, musellement de la presse, économie étatisée peu performante, proximité politique avec Moscou, statue de Lénine devant le siège du gouvernement. Même le vocabulaire de Loukachenko (le « batka », le père) est digne de la langue de bois soviétique ! Il est au pouvoir depuis 1994 avec un score qui est toujours de 80%, quel que soit le scrutin ! La conséquence est un isolement du régime dans un face-à-face avec la Russie : la Biélorussie est une paria et aucune organisation européenne (mise à part l'O.S.C.E.*) ne l'a admise dans ses rangs, même le Conseil de l'Europe pourtant peu regardant face aux dérives anti-démocratiques de certains de ses membres !

Un retour en arrière est nécessaire pour comprendre ce pays.



Jusqu'en 1918, la Biélorussie (ou Bélarus) n'a pas d'existence autonome ; elle appartient successivement à la principauté de Kiev (XIIe siècle), au grand-duché de Lituanie (XIIIe siècle), au royaume de Pologne (XIVe siècle) puis est annexée par l'empire russe (XVIIIe siècle). Lors de l'effondrement de celui-ci, la Biélorussie est brièvement indépendante (1918-1919) mais elle est absorbée par l'U.R.S.S. L'implosion de cette dernière en 1991 lui permet de proclamer son indépendance. Elle connaît une très brève période démocratique jusqu'à l'arrivée de Loukachenko au pouvoir en 1994. Dans un premier temps, son régime autoritaire est accepté par la population car, comparativement à la Russie, il offre une relative stabilité et lui évite les douleurs de la conversion au capitalisme, en ne menant aucune réforme. En échange de leur docilité, les salariés bénéficient d'un emploi à vie avec une protection sociale sauvegardée.


La société, longtemps tétanisée par la répression, commence à bouger à partir de 2010 ; des entreprises privées sont désormais tolérées moyennant une contribution à la corruption ambiante.

De son côté, Loukachenko ne s’aligne plus systématiquement sur Moscou. En effet, il louvoie en permanence entre la Russie et l'Union européenne, selon le camp qui accepte de le sauver de la faillite économique. Moscou le fournit en hydrocarbures à prix cassés et le renfloue périodiquement mais exige que le projet d'union politique, économique et monétaire entre la Russie et la Biélorussie avance (serpent de mer depuis 1997!) et que Minsk reconnaisse les républiques fantoches que Moscou a créées en Géorgie et Ukraine. L'Union européenne serait prête à l'aider financièrement mais exige la libération des prisonniers politiques et une ouverture démocratique du régime.

Loukachenko godille entre les deux pour ne jamais donner complètement satisfaction ni à l'un ni à l'autre. Des rétorsions sont périodiquement décrétées des deux côtés : embargo sur les produits alimentaires biélorusses et hausse du prix des hydrocarbures côté russe, sanctions financières visant Loukachenko et son entourage du côté européen.


Nous avions connu les révolutions de couleurs diverses dans l'espace post-soviétique contre les potentats inamovibles: révolutions en Géorgie (2003), en Ukraine (2004), au Kirghizistan (2005). En Biélorussie, il y a désormais la révolution des femmes !



En effet, Loukachenko pensait qu'en emprisonnant les maris, il aurait le champ libre mais c'était sans compter sur trois femmes de prisonniers ou exilés politiques qu'il a eu l'imprudence de laisser libres ! Elles ont osé former un trio pour présenter l'une d'entre elles, Svetlana Tsikhanovskaïa, comme candidate à l'élection présidentielle de 2020 ! Mais, heureusement pour Loukachenko, le « résultat » des urnes a été sans appel et le batka a été réélu pour la sixième fois à 80%. Mais des « agitateurs », « télécommandés » (sic) par Moscou, à moins que ce soit par l'Occident, ont fait descendre le peuple dans la rue ! Cette fois-ci, la mascarade des élections truquées ne passe plus et, malgré les menaces, les arrestations, le peuple ne veut plus de son dirigeant « bien-aimé ».

Que va-t-il se passer maintenant ? Le pourrissement ? Le départ du président ? La répression ? L'intégration à la Russie ? Une intervention musclée de Moscou au profit de Loukachenko ?

Malgré ses mauvaises relations avec lui, Poutine préfère le batka plutôt qu'un pouvoir pro-occidental qui pourrait demander à terme son adhésion à l'OTAN et à l'Union européenne (la Biélorussie n’est qu’à 500 km de Moscou!). D'un autre côté, la Russie a-t-elle intérêt, à long terme, à soutenir à bout de bras un régime honni et un pays en faillite ? Quant à l'Occident, entre la timidité de certains pays européens et les incohérences de la politique de Trump, les Biélorusses ont intérêt à ne compter que sur eux-mêmes !


* L'Organisation pour la sécurité et la coopération eu Europe (O.S.C.E.) est héritière des accords d'Helsinki (1975) signés par presque tous les pays européens (plus les États-Unis et le Canada) des deux blocs ; ils marquaient la détente est-ouest et une relative reconnaissance des droits de l'Homme par le camp communiste. La Biélorussie s'est retrouvée membre en tant qu’un des États successeurs de feu l'U.R.S.S.



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