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La future coalition gouvernementale tarde à voir le jour à Berlin

Ce n’est pas nouveau, les Allemands prennent leur temps avant d’accoucher d’un nouveau gouvernement. C’était déjà le cas en 2017 : nous avions retenu notre souffle jusqu’en janvier 2018. Encore les négociations ne concernaient-elles que deux partis (CDU et SPD), le FDP centriste ayant rapidement jeté l’éponge.


Des négociations pas très rapides, donc, du moins en apparence. Mais en tout cas assez discrètes. Loin des effets d’annonce dont nous ne manquerions pas d’être abreuvés si la même chose avait lieu en France (ce qu’on a du mal à imaginer), les négociateurs des trois partis en présence (les Verts, les Socialistes et à nouveau les centristes du FDP, qui, cette fois, ont décidé de jouer le jeu) ne laissent filtrer que peu d’informations sur l’avancée des discussions.


Au moins sommes-nous « rassurés » sur la personnalité qui succèdera à Merkel : Olaf Scholz, tête de liste du SPD, a convaincu qu’il s’inscrirait, mutatis mutandis, dans une vraie continuité par rapport à la mandature précédente. Ce qui ne manquera sans doute pas de le mettre en difficulté avec une joyeuse bande de nouveaux députés issus des Jusos (les Jeunes socialistes) traditionnellement frondeurs. Mais n’anticipons pas.


Certains résultats ont quand même été déjà actés, et il est intéressant d’y retrouver (ou d’y rechercher) la patte de chaque partenaire.


Par exemple, le remplacement du programme Hartz IV par un revenu de base est de toute évidence une exigence des Verts, ainsi que l’avancement de la sortie du charbon à 2030 (au lieu de 2038, comme envisagé à l’origine par Angela Merkel). Cette deuxième revendication paraîtra parfaitement légitime, dans une période où la transition énergétique est une priorité absolue. On s’étonnera plutôt de découvrir (pour ceux qui l’ignoraient) que l’arrêt programmé du nucléaire en Allemagne après Fukushima avait eu pour conséquence le maintien, voire la relance, de centrales à charbon ! Quant au programme Hartz IV, c’est -encore aujourd’hui- un ensemble de minimas sociaux assez draconien, mis en place par le gouvernement Schröder au début des années 2000. Mais il se peut que ce « remplacement » ne touche pas aux dispositions les plus contraignantes. C’est ça aussi, le compromis. Dans le même esprit, les Verts exigent des efforts supplémentaires dans le développement des énergies renouvelables -mais on voit mal comment les deux autres partis pourraient s’y opposer.


Ensuite, dit cette première esquisse de compromis, « le salaire minimum sera porté à 12 euros de l’heure ». On voit ci qu’après avoir conquis de haute lutte l’instauration d’un salaire minimum (en janvier 2015, condition sine qua non de leur participation au gouvernement de l’époque) les socialistes continuent sur leur lancée !


Mais le FDP, parti centriste et connu pour son approche néo-libérale, a réussi à imposer une mesure symbolique, comme l’abandon de toute limitation générale de vitesse sur les autoroutes (on mesure ici la puissance persistance du lobby de l’automobile), et une autre plus lourde de conséquences : le refus de toute augmentation d’impôt, qu’il s’agisse de TVA ou d’impositions directes (sur la fortune ou sur les bénéfices des sociétés). Ce dernier point avait conduit Christian Lindner et le FDP à renoncer à participer au Gouvernement en 2017. Cette fois, ils sont en position de force pour l’exiger.


Quant au maintien du frein sur l’endettement public, c’est aussi une exigence du FDP, mais on peut supposer qu’Olaf Scholz, qui revendique la continuité avec l’ère Merkel, s’est laissé faire douce violence sur ce point.


Il y a aussi, dans ce pré-accord électoral, des propositions qu’on peut sans hésiter qualifier comme étant « de gauche », et donc portées, sans doute conjointement, par le SPD et par les Verts. Exemple : l’accélération des procédures de traitement des demandes d’asile et de rapprochement familial. Il est vrai que le réalisme impose d’aller dans ce sens. L’accord précise du reste que de nouvelles voies de « migration légale » doivent être mises en place. On sait que le Parlement européen travaille également sur ces questions, qui exigent des réponses urgentes.


Enfin une mesure plus symbolique qu’autre chose, mais qui ne va pas manquer de susciter des débats : l’abaissement à 16 ans de l’âge pour être électeur au Bundestag et aux élections européennes. Même si cette proposition semble arriver de nulle part, le fait qu’elle soit reprise par EELV en France semble indiquer qu’elle était dans les tuyaux des partis écologistes depuis déjà quelque temps !


Bref, on a là de premières lignes de force qui, sans être encore définitivement acquises, donnent déjà une première idée de ce que sera le futur programme de la coalition tripartite.


Sources :




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