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« Le couple franco-allemand, un couple durable ?

Présentation-débat avec Pascal Thibaut, correspondant à Berlin

de Radio-France Internationale



Il y a 60 ans, le 22 janvier 1963, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer signaient le Traité de l’Élysée (traité d’amitié et de coopération) scellant la réconciliation entre la France et l’Allemagne.


Source Toute l’Europe


En collaboration avec l’association franco-allemande du Pays de Sommières (FAPS), le 26 janvier la Maison de l’Europe de Nîmes a accueilli Pascal Thibaut, correspondant de Radio France Internationale à Berlin depuis 30 ans et spécialiste des relations franco-allemandes, pour débattre de ce que l’on appelle souvent le « couple franco-allemand » et de la manière dont les relations entre nos deux pays sont perçues en Allemagne.



Ce débat faisait partie d’une série d'interventions et de rencontres de Pascal Thibaut dans notre région, notamment avec des lycéens, sur la question "Où en est le couple franco-allemand ?", à l’initiative de la FAPS. Ces évènements ont été soutenus par le Fonds citoyen franco-allemand.


Après avoir malicieusement souligné « qu’en Allemagne aussi il y avait des grèves » (grève à l’aéroport de Berlin, ce qui avait modifié son voyage), Pascal Thibaut a rappelé les grands thèmes du Traité de l’Élysée : Jeunesse et éducation – Affaires étrangères et défense – Politique (concertation, conseils des ministres communs).

Il a indiqué être « resté sur sa faim » en suivant les évènements organisés pour le 60ème anniversaire du Traité : beaucoup de discours (« Deux âmes dans une même poitrine », Emmanuel Macron), mais peu de résultats concrets. Le conseil des ministres commun s’est tenu, prévu en octobre il avait été reporté. A la réunion des Parlements des deux pays, 120 parlementaires allemands étaient présents, mais pas tous les parlementaires français.


Pour la jeunesse, l’OFAJ (Office franco-allemand pour la jeunesse) est actif et ses actions sont appréciées par les jeunes, mais la pratique de l’allemand en France et du français en Allemagne est faible : environ 4 % des jeunes, une proportion semblable dans les deux pays. Il existe une Université franco-allemande créée par accord entre les deux gouvernements en 1997, avec 160 établissements partenaires dans les deux pays et délivrance de doubles diplômes.


Pour la défense, en Allemagne les interventions extérieures et les livraisons d’armes demandent un accord du Parlement, les décisions sont donc beaucoup moins rapides qu’en France. L’Allemagne est pourtant dans les cinq premiers exportateurs mondiaux d’armement. L’Allemagne est beaucoup plus que la France tournée vers l’OTAN et les USA. A la demande insistante de de Gaulle, ni l’OTAN ni les USA n’étaient mentionnés dans le Traité de l’Élysée, mais pour le ratifier le Bundestag avait ajouté un préambule introduisant ce que de Gaulle refusait : « étroite association entre l'Europe et les États-Unis d'Amérique »,« défense commune dans le cadre de l'Alliance de l'Atlantique nord » et même « admission de la Grande-Bretagne dans la CEE », ce qui avait très fortement déplu au président français.

Pour l’Ukraine, l’Allemagne a beaucoup hésité à fournir des armes, craignant d’alimenter un conflit ouvert et attendant de voir l’évolution de l’invasion russe. Elle ne voulait surtout pas faire cavalier seul… et voulait que les USA soient le principal « autre fournisseur ».

Le chancelier Scholz a cependant créé la surprise le 27 février 2022 quand il a déclaré attribuer 100 milliards d’€ au renforcement et à la modernisation de l’armée allemande, la Bundeswehr, malgré la tradition pacifiste et la tradition d’Ostpolitik de son parti le SPD.


Politiquement le rôle de l’État est moins important en Allemagne qu’en France. L’Allemagne a en horreur des mots comme « déficit public » ou « dette publique » : une « règle d’or » impose que le déficit public annuel soit moins de 0,35 % du PIB ! Cependant l’Allemagne a finalement accepté le Plan de relance européen post-Covid, avec une dette commune ce qui était jusque-là un tabou ! Mais l’Allemagne est réticente à l’idée française de créer un Fonds souverain européen, et les pays du Nord de l’Europe partagent cette réticence, se méfiant des « pays latins dépensiers », et la France est un pays latin ...


Il y a d’autres sujets de différences entre l’Allemagne et la France : l’énergie électrique (nucléaire dominant en France, refusé en Allemagne au profit du gaz naturel pourtant émetteur de CO2… et jusqu’à 2022 majoritairement importé de Russie), les élargissement de l’UE (l’Allemagne est plus ouverte que la France), ou encore les médias allemands parlent plus de la France que les médias français parlent de l’Allemagne.


Malgré ces différences, l’Allemagne et la France trouvent souvent ensemble – en particulier dans les périodes de crises - des solutions de compromis qui peuvent ensuite être proposées aux 25 autres pays de l’UE. Cela permet à l’UE de progresser.

Globalement, depuis l’élargissement vers l’est de l’Union européenne, la France constate que le centre de gravité de l’UE s’est déplacé vers l’est et elle craint de se trouver marginalisée à l’ouest de l’UE.


L’assistance était nombreuse à la Maison de l’Europe de Nîmes.


Après cette présentation, les questions ont été nombreuses. Voici les principales :


  • Comment voyez-vous le « couple » Macron-Scholz ? Il y a des désaccords et des décisions prises sans concertation. Macron plaide pour une défense européenne et Scholz regarde vers les USA. Par exemple, en octobre l’Allemagne a choisi de rassembler autour d’elle 13 autres pays européens (12 membres de l’OTAN et la Finlande) pour constituer un bouclier anti-missiles européen de fourniture israélo-américaine, sans consulter la France, alors qu’existe un système franco-italien dans ce domaine. Cette idée avait été lancée par Scholz fin août à Prague dans un discours sur l’avenir de l’Europe et les réactions à l’agression russe, discours dans lequel la France était très peu évoquée. Des responsables polonais voudraient que l’Allemagne devienne le leader européen en défense… tout en lui demandant des centaines de milliards d’€ de réparations pour les dommages de la 2ème guerre mondiale. L’Allemagne ne souhaite pas être leader, elle se trouve très bien avec la protection de l’OTAN.

  • La place du couple franco-allemand dans les décisions en Europe ? Les pays de l’Europe centrale et orientale ont pris de l’importance et en majorité (sans la Hongrie bien sûr) ils trouvent que l’Allemagne a été trop tolérante avec la Russie de Poutine. A 27 il est plus compliqué de faire accepter des propositions franco-allemandes qu’à 6 ou même à 15 ! Un point d’accord entre Macron et Scholz : ils sont partisans de la suppression quasi-totale des décisions européennes demandant l’unanimité, trop souvent paralysante.

  • Comparaison entre les systèmes sociaux des deux pays ? Les profondes réformes dites Hartz (du nom de leur inspirateur) faites entre 2003 et 2005 pendant le mandat du chancelier Schröder apparaissent a posteriori comme un succès, même si elles ont été impopulaires, et établissent un équilibre qui paraît aux Allemands meilleur que les « louvoiements » de la France. Vue d’Allemagne, où en 2029 l’âge de la retraite passera à 67 ans (réforme adoptée en 2007), la réforme proposée actuellement en France apparaît comme une « mesurette » et les manifestations suscitent l’étonnement. En Allemagne le dialogue avec les syndicats est permanent, il y a peu de chômage et le taux d’activité des seniors est élevé : manquant de main-d’œuvre les employeurs gardent les seniors. Les salaires sont élevés dans l’industrie, c’est une tradition allemande. Depuis 1 an il y a eu beaucoup de mesures sociales en Allemagne : hausse des retraites, des allocations familiales et des salaires (par exemple le salaire minimum légal à 12 €/heure en brut, avec un certain nombre d’exceptions). Beaucoup d’argent (environ 500 milliards d’€) est mobilisé en Allemagne pour faire face à la crise actuelle.

  • Rôle des médias dans les relations franco-allemandes ? Un jeune doctorant sur cette question regrette que les journalistes correspondants en France des médias allemands ne cherchent pas plus à « expliquer la France » aux lecteurs allemands.

  • Entre les deux grands pôles USA et Chine, l’Europe saura-t-elle garder son autonomie ? Comment la France et l’Allemagne peuvent-elles y travailler ensemble ? C’est évidemment une question primordiale et le « couple franco-allemand » ne peut pas y travailler seul, il faut qu’il ne néglige pas les « petits » pays européens, l’époque est largement révolue où les « grandes puissances européennes » étaient au centre des alliances et des garanties de sécurité données aux « petits pays ».

  • Pourquoi le société civile allemande s’est-elle autant mobilisée pour les migrants à partir de 2015-2016 ? Pascal Thibaut voit deux raisons possibles : le douloureux souvenir des déplacements forcés de populations en 1945, lors des déplacements de certaines frontières, et la force des Églises en Allemagne.


Pour conclure cette soirée, Jean-Luc Bernet (Maison de l’Europe), qui a beaucoup travaillé dans les échanges de jeunes entre les deux pays, propose une phrase intéressante : « Les Français admirent les Allemands, les Allemands aiment les Français… les Allemands aimeraient que les Français les aiment plus et les Français aimeraient que les Allemands les admirent plus ».





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