Lettre Europe Mai 2021

Tribune Protégeons NAVALNY !


Le 7 décembre 2020, le Conseil des ministres des affaires étrangères de l’UE (1), dans le cadre de la Politique Étrangère et de Sécurité Commune, a adopté une décision «concernant des mesures restrictives en réaction aux graves violations des droits de l’homme et aux graves atteintes à ces droits». Ce régime mondial de sanctions en matière de droits de l’homme au niveau de l’Union est inspiré de la loi américaine « Magnitski », voulue par le président Obama en 2012, qui visait à appliquer des sanctions financières et des interdictions de visa contre les fonctionnaires russes suspectés d'être impliqués dans le décès de l'avocat Sergueï Magnitski, symbole de la lutte contre la corruption du système politique russe.


Il s’agit donc d’élargir l’éventail des sanctions que peut prendre l’Union européenne contre des personnes physiques ou morales (dont les États) portant atteinte aux droits de l’homme, par exemple la Russie pour le traitement infligé à l’opposant Alexeï Navalny.


Évidemment, en tant que Maison de l’Europe nous ne pouvons qu’être favorables à un outil juridique qui confère une compétence mondiale aux institutions européennes pour pouvoir juger et sanctionner des personnalités ou des entités suspectées, de près ou de loin, de violer les droits de l’homme. La majorité des députés européens ont d’ailleurs affirmé leur soutien à cet outil.

Selon Julia Friedlander, chargée de mission au Conseil atlantique (2) : « Cela montre que la boîte à outils de l’UE contient désormais une arme supplémentaire. Ce fait est important pour l’administration Biden, car l’UE pourra montrer qu’elle fait désormais partie des acteurs mondiaux, et que les États d’Amérique du nord assument une partie de cette responsabilité supplémentaire. »


Mais à titre personnel, je suis gêné par quelques points de cette décision, aux plans tant théorique que pratique :

  • Pourquoi ce texte n’a-t-il pas été soumis au Parlement européen au moins pour avis ?

  • Pourquoi, contrairement aux lois américaine, canadienne ou anglaise, a-t-on supprimé la corruption de la liste des faits condamnables ?

  • Ne sommes-nous pas en contradiction avec les droits fondamentaux de la défense (3), car à aucun moment l’UE ne doit officiellement questionner les intéressés ?

  • Comment les États peuvent-ils être instructeurs du dossier et juges en même temps ?

  • L’unanimité des États membres de l’UE exigée pour la prise de sanctions ne les rend-elle pas ces décisions de sanctions illusoires ou au moins très affaiblies ?

  • La notion d’outil juridique visant à des sanctions, sans appel ni système de défense organisé vis-à-vis de personnes quelles soient morales ou physiques, est-elle justifiée vis-à-vis du Conseil de l’Europe ?

Personne ne peut nier la volonté de bien faire de ce texte, mais comme souvent, la complexité organisationnelle de l’UE fait que des textes fondamentaux comme celui-ci ne sont toujours pas présentés et discutés publiquement devant le Parlement européen. Quel dommage !


Charles-Antoine Roussy, président de la Maison de l’Europe de Nîmes.


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(1) La République de Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie et l'Albanie, pays candidats à l’UE, la Bosnie-Herzégovine, pays du processus de stabilisation et d'association et candidat potentiel, et la Norvège, pays de l'AELE membre de l'Espace économique européen, ainsi que l'Ukraine, se rallient à la présente déclaration.

(2) Think tank (cercle de réflexion et d’idées) créé en 1961 à Washington pour encourager la coopération entre l’Amérique du nord et l’Europe.

(3) Ces points vont apparemment à l’encontre de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui précise que le droit à un tribunal indépendant et impartial devait être respecté et que la présomption d’innocence est un droit fondamental.


Agenda de la Maison de l’Europe - Mai 2021


Du 4 mai au 30 mai

J’agis pour une vie plus verte !

En collaboration avec Nîmes Métropole, le trambus T1 de Nîmes Métropole sera habillé aux couleurs de l’Europe et du Pacte vert pour l’Europe

  • Nîmes et Caissargues sur le trajet du T1


Mardi 4 mai 15h – 17h

Point presse et Remise des Europass Mobilité aux jeunes des Missions locales jeunes du Grand Avignon et du Comtat Venaissin après leurs stages en Grèce à Kalamata

  • Mission locale du Comtat Venaissin, 16 rue de la Juiverie, Carpentras


Jeudi 6 mai, 11h30

Point presse « Joli Mois de l’Europe »

A la Maison de la Région de Nîmes, 3 place des Arènes, présentation des actions prévues par la Maison de l’Europe de Nîmes et ses partenaires dans le cadre du Joli Mois de l’Europe


Mardi 11 mai 18h00

Réunion d’information : Mobilités en Europe

Présentation des dispositifs européens pour la mobilité des jeunes en Europe, y compris les missions du Corps européen de solidarité


Lundi 17 mai 10h

Jeu de pistes du Joli Mois de l’Europe

Les élèves pourront parcourir trois étapes en découvrant les origines du projet européen, les priorités actuelles de l’Europe et les parcours possibles pour les citoyens

  • Lycée Saint Vincent de Paul, 3 boulevard de Bruxelles, Nîmes


Mardi 18 mai 8h – 10h

Semaine internationale des langues vivantes

Animation de 4 ateliers sur les langues en Europe et le multilinguisme.

  • Lycée Albert Camus, 51 avenue Georges Pompidou, Nîmes

Mardi 18 mai 10h

« Être mobile en Europe » avec Pôle Emploi

Manifestation à destination des conseillers internationaux des agences de Pôle Emploi, organisée par le Service des relations et affaires internationales du Pôle Emploi Occitanie avec la participation des centres Europe Direct en Région

  • Visioconférence


Mardi 18 mai 14h – 15h

Semaine internationale des langues vivantes

Animation d’ateliers sur les langues en Europe et le multilinguisme.

  • Lycée Jean Baptiste Dumas, Alès (en visioconférence)


Du 19 au26 mai

Exposition : Le multilinguisme en Europe

  • Lycée Albert Camus, 51 avenue Georges Pompidou, Nîmes

Jeudi 20 mai 12h30 – 14h00

Webinaire : Travailler dans les structures de l’Europe

Webinaire sur les carrières possibles dans les structures de l’Union européenne et sur les compétences nécessaires


Mardi 25 mai 15h30

Inauguration du Kiosque Europe à Pont-Saint-Esprit

Le Comité de jumelages de Pont Saint Esprit installe un Kiosque Europe de la Maison de l’Europe à la bibliothèque municipale

  • Bibliothèque municipale de Pont-Saint-Esprit, 333 rue de Haverhill


Jeudi 27 mai 14h

Faire des stages professionnels en Europe

Préparation des jeunes de la Mission locale Lozère pour un départ en stages Erasmus en Italie

  • Mission locale Lozère, 14 boulevard Henri Bourrillon, Mende


Jeudi 27 mai 14h

Jeu de pistes du Joli Mois de l’Europe

Les élèves pourront parcourir trois étapes en découvrant les origines du projet européen, les priorités actuelles et les parcours possibles pour les citoyens

  • Lycée agricole LEGTPA de Saint Chély d’Apcher (Lozère)


Samedi 29 mai 10h

L’Union européenne et le Pacte Vert à Langogne

Exposition et animation sur le marché de Langogne. En coopération avec l’Association Terre de Vie en Lozère

  • Place du Marché, Langogne (Lozère)

La Conférence sur l’avenir de l'Europe

Lundi 19 avril a été lancée par les institutions européennes la plateforme numérique multilingue pour la Conférence sur l'avenir de l'Europe (CoFoE – Conference for the Future of Europe), invitant tous les citoyens de l'UE à exprimer et partager leurs souhaits pour leur propre avenir et celui de l'Europe : https://futureu.europa.eu


Le coup d’envoi politique de la Conférence est prévu lors de la prochaine fête de l’Europe, le 9 mai, à Strasbourg, siège du Parlement européen, si les conditions sanitaires le permettent bien entendu.

Pendant plusieurs mois, des débats, conférences et autres évènements sur l’avenir de l’Europe seront organisés dans tous les pays membres de l’Union. Cette Conférence est donc en réalité, sous un terme unique, un ensemble multiforme et multi-facettes.

Malgré la situation sanitaire et les visioconférences devenues la norme depuis un an, les institutions européennes espèrent qu’une partie essentielle des événements puissent se tenir en présence de public..


Deux ans ont été nécessaires pour concrétiser le projet, évoqué dès le mois de mars 2019 mais reporté en raison de la crise sanitaire En effet, l’idée a été formulée dans une tribune du président français Emmanuel Macron, publiée en mars 2019 dans de nombreux journaux européens. “Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire. Et pourtant, jamais l’Europe n’a été autant en danger”, expliquait-il alors, soulignant les difficultés politiques de l’UE rencontrées depuis plus de 10 ans : la crise économique de 2008 et les difficultés particulières de la Grèce, la crise migratoire et enfin, plus récemment, le Brexit, un “piège” qui “menace toute l’Europe”. En janvier 2020, cette idée a été reprise par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen dans ses orientations politiques et elle fait désormais partie des priorités de l’UE afin de relancer le débat démocratique pour réduire la distance entre les institutions politiques et les citoyens.

La Conférence sur l'avenir de l'Europe, qui constitue un débat sans précédent, correspond à une forme ouverte et inclusive de démocratie délibérative. Son objectif est de mieux donner aux citoyens de tous horizons, dans toute l'Europe, la possibilité d'exprimer ce qu'ils attendent de l'Union européenne, afin que ces attentes influent sur les orientations futures de l'UE et l'élaboration de ses politiques. Les institutions organisatrices se sont engagées à donner des suites aux conclusions de la conférence.


Une plateforme numérique à quoi bon ?

La plateforme numérique est multilingue et entièrement interactive : les participants peuvent y dialoguer les uns avec les autres et discuter de leurs propositions avec des citoyens de tous les États membres, dans les 24 langues officielles de l'Union. Des personnes de tous les horizons, aussi nombreuses que possible, sont encouragées à contribuer par cette plateforme à donner forme à leur avenir, mais aussi à promouvoir cette plateforme sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #TheFutureIsYours. Vous pouvez y accéder ici à la plateforme: https://futureu.europa.eu

Conformément à un principe essentiel de la conférence, une transparence totale sera assurée sur la plateforme, puisque toutes les contributions et tous les résultats des événements seront collectés, analysés, contrôlés et rendus publics. Les idées et recommandations clés issues de la plateforme serviront de contributions aux panels de citoyens européens et aux sessions plénières, où elles seront débattues pour produire les conclusions de la conférence.

La plateforme s'articule pour le moment autour de 10 grands thèmes et peut être enrichie par les citoyens. Les 10 thèmes: changement climatique et environnement; santé; une économie plus forte, justice sociale et emploi; l'UE sur la scène internationale; valeurs et droits, état de droit, sécurité; transformation numérique; démocratie européenne; migration; éducation, culture, jeunesse et sport ; « autres idées ».


Le rôle des Centres Europe Direct et des Maisons de l’Europe ?

Les Centres d’information Europe Direct et les Maisons de l’Europe – et d’autres associations européennes, notamment le Mouvement européen - sont des lieux de rencontres et d’animation de débats sur l’Union européenne dans les territoires. Les Institutions européennes souhaitent qu’ils jouent un rôle majeur dans le lancement, la réalisation et l’animation des conférences sur l’avenir de l’Europe, sous leurs diverses formes.

Un Centre d’information Europe Direct a été désigné par la Commission européenne dans chaque Région afin de promouvoir et coordonner les événements. Le Centre Europe Direct Pyrénées a organisé jeudi 29 avril un premier évènement en ligne pour présenter la Conférence et la plateforme numérique dédiée, voir pour cet évènement le site : https://www.europedirectpyrenees.eu

(rubrique Actualité européenne/Dossiers thématiques).


Turquie – UE : des relations tumultueuses et fluctuantes

Que veut Erdogan, l’autoritaire président de la Turquie ?

D’évidence, il veut que la Turquie « retrouve sa grandeur ». Il n’est pas le seul dirigeant à avoir cette volonté pour son pays : c’était le slogan de Trump, Poutine rêve de reconstituer la Russie des tsars, Xi Jin Ping exulte de voir la Chine dépasser économiquement les « grandes puissances » qui l’ont humiliée au XIXe siècle, et Boris Johnson a promis aux Britanniques que le Brexit permettrait d’aboutir à une « global Britain » rappelant l’empire britannique.

L’Union européenne, elle, ne montre pas de rêves de grandeur, tout en étant la première économie mondiale.

Quelle grandeur pour la Turquie ? Celle de la « Sublime porte », l’empire ottoman de la Renaissance, en sautant le déclin des XIXe et début XXe siècles (« l’homme malade de l’Europe ») ? Celle du sursaut militaire de Kemal dans les années 1920, qui a fait un peu oublier l’humiliation d’après la 1ère guerre mondiale ? Probablement par « la grandeur » il faut comprendre ce qu’il y a de glorieux dans chacune de ces deux périodes !

Pour afficher cette volonté de grandeur, Erdogan joue les trublions et multiplie les provocations.

Il s’érige en défenseur de l’islam, transformant le musée Ste Sophie en mosquée et taxant l’Europe et particulièrement la France d’islamophobie. Pas le bon moyen de se faire de l’Arabie saoudite un allié… La Turquie est certes un pays très majoritairement musulman, surtout sunnite, mais (comme l’Iran) il n’est pas un pays arabe : les Turcs sont venus des régions mongoles. Cela peut l’isoler de nombre de ses vosins.

Il est solidaire des Ouïghours (dont la langue est très proche du turc), opprimés par le pouvoir central chinois dans le Xinijang. Pékin est donc peu enclin à soutenir la Turquie, et plutôt inquiet de la reconstitution possible d’un « empire d’Asie centrale », qui a existé dans un passé lointain.

Erdogan s’immisce dans de multiples conflits, souvent en opposition indirecte avec la Russie : en Syrie, en Libye, au Haut Karabagh (son soutien armé à l’Azerbaïdjan a contribué à la défaite de l’Arménie, alliée de la Russie). La Russie enrage depuis longtemps que « les détroits » (Bosphore et Dardanelles) soient restés sous le contrôle de la Turquie après la 1ère guerre mondiale (certains historiens font l’hypothèse que, à cause d’un accord attribuant ce contrôle à la Russie en cas d’occupation par les alliés, le Royaume-Uni a fait en sorte que la Turquie soit vaincue mais sans occupation des détroits, avec la volonté secrète que les détroits n’échoient pas à la Russie… du billard à au moins deux bandes!). A noter cependant que la réalisation de la première centrale nucléaire turque, à Akkuyu, sur la côte sud, a été confiée au fournisseur russe Rosatom .

Concernant l’OTAN, la Turquie en est un membre important, notamment par sa position proche du Moyen-Orient, mais elle s’est montrée à plusieurs reprises un membre « à géométrie variable » et les États-Unis ont été particulièrement agacés qu’elle ait acheté un système de missiles russes non compatible avec celui de l'OTAN.


Avec l’Union européenne, les contentieux sont nombreux et importants : l’occupation militaire de la partie nord de Chypre depuis 1974, alors que la République de Chypre, considérée comme l’ensemble de l’île, est membre de l’UE depuis 2004 – les recherches de gaz par la Turquie dans des eaux territoriales de Chypre – la contestation de limites frontalières avec la Grèce et des espaces maritimes en Méditerranée orientale – le point mort des négociations sur l’adhésion de la Turquie à l’UE – les critiques de l’UE sur les manquements de la Turquie à l’état de droit, notamment sur l’égalité entre les femmes et les hommes.

En 2016, un accord Turquie – UE a été signé sur la question des réfugiés syriens (ils sont plus de 3 millions en Turquie) dont beaucoup cherchaient à gagner l’Europe via la Grèce toute proche. La Turquie s’est engagée à contrôler ce flux migratoire et l’UE lui a apporté une aide de plusieurs milliards d’€ destinée à améliorer les conditions d’accueil en Turquie des réfugiés syriens et autres migrants. Cet accord a été appliqué et a eu les résultats attendus… mais la Turquie a plusieurs fois menacé « d’ouvrir les vannes » à ce flot de migrants, qui auraient alors déferlé sur la Grèce.

Cette menace permanente conduit certains à qualifier cet accord UE – Turquie de « contrat faustien ».

Ces derniers mois, peut-être à cause de la non-réélection de Trump aux USA et des difficultés économiques de son pays, Erdogan s’est montré beaucoup plus modéré dans ses critiques envers l’UE, d’où une certaine détente. Deux éléments sont cependant venus perturber cette détente.


Des divergences supplémentaires très récentes.

Le 19 mars 2021, la Turquie est par décret présidentiel sortie de la Convention d'Istanbul, signée en 2011, premier outil supranational à fixer des normes juridiquement contraignantes dans une trentaine de pays pour prévenir les violences sexistes (essentiellement faites aux femmes).

Dès le lendemain, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans les rues d'Istanbul, à l'appel des organisations turques de défense des droits des femmes.

Le Conseil de l'Europe - dont la Turquie est membre - a qualifié la décision d'Ankara de « nouvelle dévastatrice qui compromet la protection des femmes en Turquie ». L’UE partage évidemment cette appréciation.

Avec cette décision, le président turc a cédé à la pression de groupes conservateurs et islamistes, pour lesquels ce texte nuisait aux valeurs familiales « traditionnelles ». Il tente de ainsi de rallier à lui son électorat conservateur, face à des difficultés économiques croissantes du pays, avec une forte dépréciation de la livre turque dans les 12 derniers mois.

Que la Turquie quitte une Convention signée sur son propre sol est un pied-de-nez aux autres signataires, l’affichage d’un conservatisme assumé et scandaleux et un défi aux valeurs fondamentales de l’UE. Cela serre d’un cran supplémentaire le « frein de parking » mis sur les négociations pour une adhésion de la Turquie à l’UE...


La place de second rang donnée à la présidente de la Commission européenne lors de la rencontre entre l’Union européenne et le président turc le 6 avril.

L’objectif de cette rencontre était d’évoquer avec le président turc les modalités d’une reprise graduelle des relations économiques UE-Turquie et le renouvellement éventuel de l’accord sur les réfugiés syriens actuellement présents en Turquie. L’Union européenne était représentée par deux personnes du plus haut rang : Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne et Charles Michel, président du Conseil européen.

Tout en se félicitant de la désescalade constatée dans les derniers mois, ces représentants ont exprimé très clairement que la Turquie devait respecter les règles internationales sur les droits de l’Homme, comme elle s’y était engagée.

Un incident a cependant éclipsé les sujets de la rencontre : lors de cet entretien de plus de deux heures, le président turc a relégué la présidente de la Commission européenne à une place protocolairement inférieure à celle du président du Conseil européen. Elle était en retrait, sur un divan, en face du ministre turc des Affaires étrangères, pendant que le président du Conseil européen avait un fauteuil à côté du président turc. Cet incident a été vivement dénoncé à Bruxelles et Charles Michel n'a pas été épargné par les critiques pour ne pas avoir réagi devant cette situation anormale.


Beaucoup d'observateurs voient là une volonté du président turc de placer Ursula von der Leyen au second rang parce qu’elle est une femme, d’autant plus qu’en 2015, lors du G20 à Antalyia, en Turquie, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker, alors présidents respectifs du Conseil européen et de la Commission, avaient chacun un fauteuil de part et d'autre de Recep Tayyip Erdogan.

D’autres explications sont possibles. La volonté d’Erdogan de montrer qu’il a, lui, tout le pouvoir entre ses seules mains, alors que l’Union européenne est représentée par deux personnes ? Aurait-il prévu que cette disposition non diplomatique troublerait les dirigeants européens et que cela diminuerait la pression qu’ils mettraient sur lui pendant l’entretien (aurait-il lu Machiavel?) ? Et peut-on exclure totalement une erreur d’appréciation de l’UE dans la préparation de cette rencontre… par exemple le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, n’aurait-il pas pu être en face du ministre turc des affaires étrangères ?


En conclusion au moins provisoire.

La provocation et l’isolement peuvent à court terme flatter la fierté des citoyens turcs (c’est une des facettes du populisme…), mais à moyen et long terme ils n’ouvrent pas le chemin vers le rôle intéressant et important que la Turquie pourrait jouer dans la région et dans le monde, forte de ses plus de 80 millions d’habitants et d’une diaspora nombreuse et globalement bien intégrée.

Les deux créateurs de BioNtech en Allemagne, qui a mis au point le vaccin Pfizer-BioNtech, sont une femme et un homme (ils sont époux) d’origine turque. Cela pourrait faire plus pour la Turquie, si les dirigeants du pays le voulaient, que des vexations mesquines, des décisions rétrogrades et des manifestations d’orgueil déplacées.


Vers une convergence internationale sur l’imposition des entreprises ?


Chacun le sait : les grandes entreprises, particulièrement les multinationales, pratiquent avec dextérité ce qu’on appelle pudiquement « l’optimisation fiscale », plaçant leurs sièges et ceux de leurs filiales dans les pays où la fiscalité est la plus basse, pour y loger leurs bénéfices. Les paradis fiscaux ne sont pas tous dans des îles tropicales et l’Europe elle-même compte des pays ou des territoires qui sans être des paradis fiscaux sont beaucoup plus « accommodants » que les autres (qu’en termes délicats ces choses-là sont dites!)…

Les pertes de rentrées fiscales qui en résultent sont évaluées à plus de 200 milliards d’€ par an pour l’ensemble des États du monde, dont 17 milliards d’€ par an pour la France.



Tant que Donald Trump était président des USA, l’administration américaine ne voulait pas entendre parler de lutter contre ces pratiques déloyales de dumping fiscal, alors qu’une réforme était en discussion dans le cadre de l’OCDE.

Au contraire, Joe Biden prend l’initiative et propose que les pays du G20 (l’Union européenne + les 19 premiers États dans le classement des économies mondiales) puis ceux de l’OCDE (37 pays) se mettent d’accord pour créer un seuil minimal de 21 % pour l’impôt sur les bénéfices.

L’Irlande, qui attire chez elle des grandes entreprises avec une fiscalité très avantageuse, au taux de 12,5 %, n’est évidemment pas enthousiasmée par cette perspective et propose un seuil de… 12,5 %. La France, elle, est en train d’abaisser progressivement son taux pour les très grandes entreprises : 31 % en 2020, 27,5 % en 2021 et 25 % à partir de 2022.

Lors de leur réunion du 7 avril, les membres du G20 ne se sont pas trop avancés. Ils se sont contentés de déclarer qu'ils restaient «engagés à trouver une solution globale et consensuelle d'ici à la mi-2021». L'Allemagne et la France sont très favorables à une mise en place rapide d’un taux minimal, et bien sûr pas à 12,5 %.


Le projet présenté par les USA ne porte pas seulement sur le taux. Il prévoit qu’une entreprise qui loge ses profits dans un territoire « accommodant » devra régler le non-perçu dans le pays où se trouve sa maison-mère, jusqu’à concurrence du taux minimal. De quoi couper en grande partie l’herbe sous le pied des paradis fiscaux, en tout cas les géants de l’Internet, experts en « évitement fiscal » (autre expression pudique de ce qui est proche de la fraude), sont sur le qui-vive et se préparent à un intense lobbying !


Un accord et la mise en place dans chaque pays signataire ne sont pas pour demain matin, cela prendra certainement plusieurs années, mais la balle est lancée par l’administration des États-Unis, ce qui n’est pas rien, même si le Sénat américain peut être un obstacle difficile à franchir. En outre, la balle est lancée à un moment où les besoins des finances publiques de tous les États sont accrus par les mesures prises contre la crise du Covid-19.


« Et toque ! L’Europe, on en fait tout un plat »

Euro-Toques, vous connaissez ? Probablement pas ! C’est un réseau d’artisans chefs cuisiniers européens.

La Représentation de la Commission européenne en France a lancé l’opération « Et toque ! L’Europe, on en fait tout un plat », en partenariat avec Euro-Toques. Objectif ? Informer, de façon ludique, autour de 6 chefs et de 6 recettes, sur les apports du cadre européen à la protection des produits et savoir-faire des terroirs européens.



À travers le monde, les produits alimentaires de l’Union Européenne sont synonymes d’excellence, faisant la réputation de nos éleveurs et de nos producteurs. Jambon de Parme, Brie de Melun ou olives de Kalamata, leurs noms évoquent à eux seuls, un pays, une région, un terroir. À l’heure où les voyages sont annulés ou reportés, « Et toque ! L’Europe on en fait tout un plat » est une invitation à voyager à travers l’Europe des papilles, pour (re)découvrir notre patrimoine gastronomique européen, et s’approprier ces produits d’exception que protègent les labels européens.


Six chefs, six recettes, six pays

Six recettes, élaborées par six chefs français membres du réseau Euro-Toques, mettent en valeur toute la richesse et la qualité des produits européens AOP ou IGP. Les chefs ont exprimé tout leur talent pour créer chacun une recette européenne originale, travaillant des produits emblématiques européens labellisés, et associant pour chaque recette au moins un produit français à un produit d’un autre pays européen.

Chacun présente sa recette dans une courte vidéo (moins de 2 mn) : bon voyage culinaire et gastronomique à travers l’Europe !


De la Savoie à l'Algarve.

Voir la recette élaborée par Danielle Crost, autour du magret de canard, de la poire de Savoie et de la patate douce d’Aljezur (Portugal).


De la Bretagne au Péloponnèse.

Voir la recette élaborée par Michel Roth, autour de la noix de Saint-Jacques, de la feta et des olives de Kalamata (Grèce).


De la Région parisienne au Piémont.

Voir la recette élaborée par Eddy Creuzé, autour du Brie de Meaux et des noisettes du Piémont (Italie)


De la Baie de Somme au pays de Herve (Belgique).

Voir la recette élaborée par Marc Hammani, autour de l’agneau des prés salés de la baie de Somme et du fromage de Herve (Belgique).


De la Bresse à l’Émilie-Romagne.

Voir la recette élaborée par Thomas Parisini, autour de la volaille de Bresse et du parmigiano reggiano (Italie).


De la Provence à l’Andalousie.

Voir la recette élaborée par Jean-François Bérard, autour du rouget, de la brousse du Rove et du jambon ibérique de Jabugo (Espagne)


Ces labels qui protègent l’excellence européenne

La gastronomie est au cœur de notre mode de vie européen, et l’image d’excellence associée à ces produits exceptionnels peut parfois être usurpée par des fabricants et industriels souhaitant surfer sur la notoriété d’un nom (« Comté », « Champagne », « Feta ») pour vendre plus cher, ou plus facilement.

C’est là que l’Union européenne intervient avec les labels européens de qualité.

Ces labels ont un double intérêt. Côté producteurs, ils protègent contre les imitations et assurent des emplois non-délocalisables. Côté consommateurs, ils garantissent un produit de qualité, fabriqué selon un savoir-faire précis et répondant à un cahier des charges strict. Dans certains cas, les accords commerciaux négociés par l’UE permettent aussi d’étendre cette protection à l’international, comme au Canada ou au Japon.

L’Appellation d’origine protégée (AOP)

C’est le label qui offre le plus haut niveau de protection en Europe. Rouge et jaune, il garantit que toutes les étapes de fabrication du produit ont été réalisées dans l’aire géographique protégée. C’est le label du terroir par excellence.


L’Indication géographique protégée (IGP)

Ce label bleu et jaune garantit aussi un lien de proximité entre le produit et son aire de production, mais permet plus de flexibilité que l’AOP. Il permet par exemple que certaines étapes de fabrication (comme l’emballage ou la mise en bouteilles) ne soient pas réalisées dans l’aire géographique ; il permet aussi aux producteurs d’utiliser certains ingrédients issus de régions en-dehors de l’aire géographique protégée (le beurre utilisé dans la brioche vendéenne IGP peut provenir de Normandie ou de Bretagne, par exemple).


La Spécialité traditionnelle garantie (STG)

Ce label, contrairement à l’AOP ou l’IGP, ne fait pas référence à l’origine d’un produit, mais valorise plutôt sa composition ou son mode de production traditionnels. Très minoritaire par rapport aux AOP ou IGP, la STG concerne moins de 100 produits européens, dont deux français : la moule de bouchot et le Berthoud.


À propos d’Euro-Toques :

L’association Euro-Toques est un réseau d’artisans chefs cuisiniers européens œuvrant pour la sauvegarde et la promotion des produits alimentaires de qualité et d’origine authentiques.

Pour en savoir plus : https://www.eurotoques.fr


L’Europe soutient les innovations des ONG humanitaires


Le Conseil européen de l'innovation (EIC) a créé dans le cadre du programme « Horizon 2020 » des prix pour récompenser les meilleures solutions technologiques validées, prouvées et rentables pour l'aide humanitaire dans les catégories suivantes : 1) abris et assistance connexe ; 2) eau, hygiène et assainissement ; 3) énergie ; 4) santé et soins médicaux ; 5) catégorie ouverte.

Ces prix sont de 1 million d’€ chacun.

L‘association Handicap International, dont le siège est à Lyon, vient en aide aux populations vulnérables, notamment les personnes handicapées, partout dans le monde où cela est nécessaire : elle agit dans plus de 60 pays. Elle répond aux besoins essentiels et spécifiques de ces personnes, améliore leurs conditions de vie et les aide à s’insérer dans la société. Elle combat également contre les causes de leurs difficultés et handicaps, les maladies mais aussi les mines et les bombes à sous-munitions, qui blessent et tuent longtemps après les conflits.


Elle a été distinguée récemment par des prix de l’EIC pour deux projets innovants :

- le projet Odyssey 2025 / Drones, dans la catégorie libre

- et le projet TeReFa (TeleRehabilitation For all - télé-réadaptation pour tous) dans le cadre Santé et soins médicaux (nous en parlerons dans notre prochaine Lettre Europe).


ODYSSEY 2025 / Drones a débuté en 2018 avec comme partenaire technique Mobility Robotics (Australie, site mr-au.com).

L’objectif est l’utilisation de drones pour faciliter les opérations de déminage. Le retrait des mines est un travail long, fastidieux et coûteux. Une mine ne coûte que 3 dollars à produire mais de 300 à 1 000 dollars à éliminer. Dans la plupart des cas, seul le déminage manuel est possible. Ainsi, déminer une surface de 1 km2 coûte entre 1 et 2 millions de dollars.

Le déminage humanitaire est la composante la plus importante de la lutte contre les mines et couvre un large éventail d'activités telles que les reconnaissances techniques, le marquage des zones suspectes, la destruction des mines ou munitions non explosées, et la remise des terrains déminés aux utilisateurs. On estime à plus de 100 millions le nombre de mines encore en place dans une centaine de pays.

S’ajoute au déminage l’action politique pour obtenir l’interdiction des mines (le traité international d’Ottawa signé en 1997 interdit la fabrication et l’utilisation des mines anti-personnel… mais tous les États ne l’ont pas ratifié) et celles des bombes à sous-munitions (une convention a été signée fin 2008 à Oslo par 94 États).


Le drone : un œil dans le ciel.

• Pour appréhender la topographie d’un lieu, fondamentale pour planifier les opérations de déminage, notamment quand elles sont conduites avec des machines à déminer.

• Pour repérer la présence d’objets susceptibles de constituer un danger (une bombe, par exemple)

• Et pour donner des indices sur une possible contamination par des restes explosifs : ces indices peuvent être un véhicule militaire calciné, la carcasse d’un tank ou de voiture, un cratère dans le sol, etc.


Des caméras sophistiquées peuvent être embarquées sur les drones grand public très peu chers et maintenant performants. L’utilisation d’un capteur infra-rouge a ainsi permis de localiser la position de centaines de mines enfouies dans un terrain réellement miné. La sécurité des démineurs en est évidemment renforcée.

Image Handicap International


« Nous pouvons maintenant dire que nous localisons des mines enfouies en sous-sol dans le désert à l’aide de drones équipés de caméra infrarouge. C’est quelque chose d’extraordinaire ! Nous avons la capacité de faire des investigations sur la présence d’engins explosifs en couvrant une zone en quelques minutes là où il fallait des semaines avec des méthodes classiques. La maîtrise de ces nouvelles méthodes va accélérer les opérations de déminage et in fine la remise à disposition des terres aux populations. » Emmanuel Sauvage, Directeur de la Réduction de la violence armée à Handicap International.


Cette méthode constitue une première mondiale et peut significativement changer les méthodes employées dans le secteur du déminage humanitaire.


Des vidéos très explicatives : https://youtu.be/q4PRvPYMFNo ou https://youtu.be/h2-SYwqgO9k


Pour plus d’information :

https://handicap-international.fr/sn_uploads/pdf/HI-Odyssey2025.pdf

http://mr-au.com/chad/

https://www.youtube.com/watch?v=AZKEQTBuxng


Brèves d'Europe



La Cour de justice de l'UE confirme l'interdiction de la pêche électrique.

Un recours des Pays-Bas, qui contestaient l'interdiction dans toute l'UE à partir de l'été 2021 de la pêche électrique - méthode principalement utilisée par les pêcheurs néerlandais -, a été rejeté le 15 avril par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE).

La pêche électrique consiste à envoyer des impulsions électriques dans les sédiments où se tapissent les poissons plats, pour faire sortir les poissons et les paralyser. Elle se pratique dans des mers peu profondes comme la Mer du Nord.

La plupart des scientifiques la jugent nuisible à la vie marine et en avril 2019 la Commission européenne a décidé de l’interdire à partir de l’été 2021. Ce sera bien le cas !


Prolongation de la gratuité de l’itinérance des mobiles dans l’UE ?

Depuis juin 2017, les personnes qui se déplacent dans l’Union européenne peuvent utiliser leur téléphone mobile dans toute l’UE sans surcoût, comme s’ils étaient restés dans le pays de l’UE où ils ont pris leur contrat de téléphonie mobile : il n’y a donc plus de frais d’itinérance (roaming en anglais).

Cette gratuité comporte quelques limitations (en temps - pas plus de 4 mois dans un même pays autre que celui du contrat – et en volume de données) mais elle a permis de multiplier par plus de 10 l’utilisation des mobiles par les Européens qui voyagent dans l’UE.

Normalement elle devait s’arrêter en 2022, mais en février 2021 la Commission européenne a proposé de la prolonger de 10 ans. Qui pourrait être opposé à cette proposition, à part peut-être les opérateurs de téléphonie mobile ?


Le résultat du concours pour la pièce de 2 € du 35ème anniversaire d’Erasmus.

Le dessin de la pièce commune de 2 € créée pour les 35 ans du programme Erasmus a été choisi par le public : c’est la proposition de Joaquin Jimenez, graveur à la Monnaie de Paris, qui a été sélectionnée. Les États membres de la zone euro préparent maintenant la frappe et l’émission, prévue pour le 1er juillet 2022, en même temps dans tous ces pays.

Sur plus de 70 propositions reçues pour le concours, un jury en a sélectionné 6 qui ont été soumises à un vote public. Plus de 72 000 personnes ont voté pour le dessin qu’elles estimaient le mieux représenter le projet Erasmus. Le projet qui l’a emporté a eu plus de 22 000 voix.

Erasmus est l’une des initiatives les plus emblématiques de l’UE et une véritable réussite européenne : depuis sa création en 1987, 10 millions de personnes en ont bénéficié, enrichissant ainsi leur CV et surtout leur vie en étudiant dans un autre pays de l’UE. L’ouverture de ce programme aux apprentis et aux jeunes en formation professionnelle, avec Erasmus+, en renforce encore l’intérêt.


« L’Europe e(s)t mon territoire : cap sur le Gard » La politique de cohésion européenne dans le Gard

Soutenue par la DG Regio de la Commission européenne, la Maison de l’Europe de Nîmes, en collaboration avec le Département du Gard, a organisé un webinaire sur ce sujet vendredi 30 avril. Une petite cinquantaine de personnes se sont connectées.


Après une courte introduction et la présentation des participants, puis un quiz interactif (par Slido) sur la politique de cohésion de l’UE, Michael Stange, directeur de la Maison de l’Europe a donné la parole à Franck Arnaud, expert et personne ressource du webinaire, pour une présentation générale de la politique de cohésion de l’UE.


  • La politique européenne de cohésion

La politique régionale et de cohésion de l’UE vise à promouvoir un développement harmonieux sur l’ensemble du territoire de l'Union et à renforcer la cohésion économique, sociale et territoriale, en réduisant les écarts entre les niveaux de développement des régions. Elle soutient la croissance économique, la création d’emplois, la compétitivité des entreprises, le développement durable et la protection de l’environnement.

En 1957 (Traité de Rome créant la CEE) il n’y avait pas de politique régionale à proprement parler, mais le Fonds social européen (FSE) existait déjà et les six États membres de l'époque s’étaient engagés à « renforcer l’unité de leurs économies et en assurer le développement harmonieux en réduisant l’écart entre les différentes régions et le retard des moins favorisés ».