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Quelques idées sur la place et le rôle géopolitique de l'Europe

Quelle était la situation géopolitique de l'U.E. avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie ?


Sa place et son rôle étaient décroissants :

  • La Russie cherchait à exploiter les failles de nos sociétés pour nous déstabiliser.

  • La Chine montait en puissance dans les domaines économique et militaire.

  • Par voie de conséquence, les États-Unis portaient un intérêt croissant pour l'Asie et le Pacifique et se désintéressaient de l'Europe.

  • L'Union européenne devenait une grande Suisse vieillissante et désarmée ; elle croyait aux vertus apaisantes du « doux commerce » avec les dictatures.

Quelle est la nouvelle situation depuis l'invasion de l'Ukraine ?


Sa place et son rôle sont revalorisés :

  • L'Europe se retrouve en première ligne dans le combat civilisationnel entre, d'une part les autocraties et théocraties impérialistes qui veulent imposer un ordre réactionnaire (Russie, Chine, Turquie, Iran...) et d'autre part les démocraties libérales et pluralistes.

  • L'Union européenne retrouve une attractivité comme pôle de relative prospérité économique et de valeurs sociétales libérales (perspectives à moyen terme de l'adhésion de l'Ukraine et de la Moldavie, demande de la Géorgie).

Source : Toute l'Europe

  • Les États européens sont obligés de passer à marche forcée à une économie affranchie des énergies fossiles ; néanmoins, dans un premier temps, ils doivent passer par une utilisation plus intense de celles-ci pour combler le déficit énergétique immédiat.

  • Les pays membres se réarment et l'U.E débloque 1 milliard pour acheter des armes ; le Danemark abandonne son exemption de participer à la politique commune de sécurité.

Quelles sont les inquiétudes à moyen terme ?


Quels sont les risques politiques ?

  • Les pays européens consentent à une vassalisation politique vis à vis des États-Unis ; l'OTAN retrouve un rôle central de bouclier pour les pays européens (demandes d'adhésion de la Suède et de la Finlande) à la place de l'U.E, guère crédible sur ce point.

Logo OTAN


  • Les pays du Sud se désintéressent de ce conflit ; ils mettent en équivalence l'invasion de l'Ukraine et l'intervention des Occidentaux au Kosovo, en Afghanistan, en Libye, au Sahel...

  • Les opinions publiques européennes, déshabituées des sacrifices, ne risquent-elles pas de se lasser ?

  • La Russie et les États-Unis ne risquent-ils pas de négocier directement au-dessus de nos têtes ?


Quels sont les risques économiques ?

  • La dépendance au gaz et pétrole russes est remplacée par la dépendance aux énergies provenant des États-Unis et des dictatures pétrolières (Proche-Orient, Afrique, Venezuela) qui feront payer politiquement leurs livraisons.

  • L’industrie européenne est désavantagée par rapport à l'industrie américaine en raison du différentiel du coût de l'énergie.

  • Une crise économique pourrait apparaître en raison de l'inflation.


Quels sont les risques militaires ?

  • Le conflit pourrait déraper soit vers un long conflit avec des soubresauts intermittents soit vers une guerre nucléaire destructrice.

  • Les pays européens préfèrent acheter sur étagère des équipements américains, ce qui accroît leur dépendance vis à vis des États-Unis.


Que doit faire l'U.E. pour tirer des leçons de ce moment de l’histoire ?


Sur les plans :

  • Institutionnel : - Abandonner la prise de décision à l'unanimité, encore plus inefficace en période troublée et nous rendant otages d’États membres mal intentionnés.

  • Économique : - Passer rapidement aux énergies non fossiles pour ne plus être clients d’États autoritaires et prendre une avance technologique sur le reste du monde. - Développer sa recherche pour ne plus être dépendante pour l'approvisionnement en certains nombres de biens stratégiques (micro-processeurs, batteries, médicaments...).

  • Militaire : - Ne plus sous-traiter notre défense aux États-Unis, car il existe dans ce pays un courant non interventionniste qui pourrait prendre le pouvoir et considérer que les Européens doivent se débrouiller seuls. Il faut être conscient que nos intérêts ne convergent pas toujours entre les deux rives de l'Atlantique.

  • Géopolitique : - Imaginer une architecture de sécurité collective efficace pour l'après-conflit car la Russie et l'Ukraine auront toujours une frontière commune. - Maîtriser l'élargissement en n'acceptant dans nos rangs que des États respectant durablement nos valeurs et capables de s'intégrer au marché unique.

  • Civilisationnelle : - Réaffirmer nos valeurs et mettre nos actes et nos pratiques en accord avec ces dernières (Qatargate).


Jusqu'ici, face à cette crise, l'U.E a réagi en bon ordre, même si ce fut parfois avec un peu de retard mais elle a été plutôt suiveuse des États-Unis ; l'Union doit désormais passer d'une attitude réactive face aux événements à une attitude proactive créatrice d'événements.


Frédéric BOURQUIN, président de la Fédération française des maisons de l’Europe


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