Trois brèves d’Europe



Robert Schuman bientôt honoré par le Vatican ?


L’Union européenne perpétue le souvenir de l’action obstinée de Robert Schuman pour la paix en Europe, avec la Journée de l’Europe le 9 mai.

Le Vatican s’apprêterait (dès cette année?) à déclarer Robert Schuman « vénérable ».


Première étape vers une éventuelle béatification puis peut-être canonisation, la reconnaissance par l’Église catholique d’une personne comme « vénérable » suppose l’examen approfondi de sa vie et de ses écrits.

Pour Robert Schuman, qui était habité par une foi catholique profonde, cet examen a commencé en 1990 au diocèse de Metz, où il a vécu et où sa maison est devenue un musée dédié à son action. Le dossier a été transmis à Rome en 2004.

Né à Luxembourg en 1886, avec la nationalité allemande, Robert Schuman devient français à la fin de la 1ère guerre mondiale. Élu député de la Moselle, il sera ministre des affaires étrangères après la 2ème guerre mondiale, de 1948 à 1952. C’est dans cette période que le 9 mai 1950 il fait sa célèbre déclaration : «... Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production de la France et de l’Allemagne de charbon et d’acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe. …. ». Cette déclaration pose les fondements de ce qui deviendra par étapes l’Union européenne.


Ayant vécu deux guerres mondiales, Robert Schuman a su faire coïncider son action politique avec le pardon aux ennemis dicté par sa foi. La volonté de réconciliation l’a emporté sur la tentation de la vengeance.



Le gazoduc NordStream 2 sera-t-il terminé ?


L’Allemagne a besoin de gaz naturel, de beaucoup de gaz : en 2011 elle a décidé d’arrêter ses centrales nucléaires en 2022, et elle doit à terme fermer ses nombreuses centrales au charbon, pour respecter ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. L’équation n’est pas simple et la multiplication des éoliennes et des installations photovoltaïques ne suffira pas à la résoudre sans un recours massif au gaz, moitié moins émetteur de CO2 que le charbon.

D’autres pays d’Europe, dont la France, ont aussi besoin de gaz, alors que certains gisements qui les alimentent sont en déclin, comme celui de Groningue aux Pays-Bas.


La Russie est un très gros producteur de gaz naturel et géographiquement elle n’est pas trop loin : c’est la base du projet NordStream, en deux phases, deux gazoducs parallèles de 1 200 km entièrement sous la mer Baltique. Ce projet est financé par moitiés par la compagnie russe Gazprom et par des compagnies gazières d’Allemagne, d’Autriche, des Pays-Bas et Royaume-Uni (Shell) et de France (Engie).


Le gazoduc NordStream 1 est en service depuis 2012.

NordStream 2 est posé sur 90 % de son tracé, mais le chantier de plus de 9 milliards d’€ est arrêté depuis début 2020, en raison des menaces de sanctions américaines contre les entreprises qui travaillent avec la Russie. La tentative d’empoisonnement d’Alexeï Navalny puis son emprisonnement et la répression contre les manifestations en sa faveur ont conduit plusieurs pays européens à mettre en doute la pertinence de ce projet, avec lequel l’Union européenne deviendrait encore plus dépendante de la Russie, ou même à demander son abandon. La Pologne et les États baltes n’apprécient pas que le gazoduc entièrement sous-marin ne puisse pas desservir leur territoire. L’Allemagne, elle, y tient, estimant ne pas pouvoir s’en passer. L’ancien chancelier Gerhard Schröder est personnellement très impliqué dans ce projet, où il a pris des responsabilités directes très vite après avoir quitté le pouvoir politique en 2005.


Il est probable que l’interception d’un avion civil d’une compagnie européenne par la Biélorussie (Belarus) pour mettre la main sur un journaliste d’opposition ne pourra que prolonger l’arrêt du chantier NordStream 2, l’appui de la Russie au gouvernement biélorusse pour cette opération ne faisant guère de doute.



Langues officielles et langues nationales: l’anglais et le gaélique


Nos amis du Royaume-Uni ont quitté l’Union européenne, mais leur langue reste solidement ancrée dans l’UE, et bien au-delà. Elle est même envahissante, sous des formes souvent approximatives, voire abâtardies. Pourquoi reste-t-elle une des 24 langues officielles de l’UE ?

Deux réponses :

- une réponse pratique : c’est la langue qui est comprise et parlée par le plus de monde en Europe, même si ce n’est pas - et de loin – la langue maternelle la plus répandue dans l’UE.

- une réponse politique : elle est langue officielle de deux États membres de l’UE, l’Irlande et Malte.


En France il y a une seule langue officielle, le français. Des langues régionales existent aussi mais elles ne sont pas langues officielles de l’État. C’est le cas de plusieurs autres pays de l’UE, comme l’Espagne.

Certains pays de l’UE ont plusieurs langues reconnues comme langues officielles sur leur territoire : la Belgique en a trois (français – néerlandais – allemand), le Luxembourg aussi (allemand – français - luxembourgeois), la Finlande deux (finnois – suédois), tout comme l’Irlande (anglais – gaélique), Malte (anglais – maltais) et la République de Chypre (grec – turc).

Dans les 27 États membres de l’UE il y a au total 26 langues officielles.

26 et 24, ça ne coïncide pas, il y a donc 2 langues officielles dans des États membres qui ne sont pas langues officielles de l’UE. Vous suivez ? Lesquelles ? Le luxembourgeois et le turc.

Qu’est-ce donc alors qu’une langue nationale ? C’est une langue considérée comme propre à une nation ou un pays. En Europe c’est le cas de nombreuses langues, et pour la plupart elle est également la langue la plus parlée dans le pays, ou au moins parlée par la grande majorité des habitants même s’ils s’expriment quotidiennement dans une autre langue (la plupart des Maltais utilisent quotidiennement l’anglais mais presque tous parlent aussi le maltais).


L’Irlande est à cet égard une exception notable et paradoxale.



En effet sa langue nationale, le gaélique, est à la fois langue officielle du pays à côté de l’anglais et une des langues officielles de l’UE.

Elle n’est pourtant parlée quotidiennement que par quelques % de la population, même si presque la moitié des citoyens irlandais en a de bonnes notions, dues à son enseignement obligatoire. C’est un fait, en Irlande on entend presque exclusivement parler anglais, malgré un soutien de l’État au gaélique, parlé surtout dans des régions rurales de l’ouest de l’île !

Cette situation paradoxale est due au marqueur politique que constitue le gaélique : il est une affirmation d’identité par rapport au grand voisin anglais, qui a occupé l’île jusqu’en 1921. Mais le commerce est évidemment beaucoup plus facile avec l’anglais, et pour beaucoup de jeunes l’indépendance est une chose acquise qui ne demande plus à être défendue, même s’ils savent que le Taoiseach signifie le Premier ministre.

En Irlande du Nord, où la question de la frontière douanière en mer d’Irlande a réveillé en 2021 des hostilités que l’on croyait éteintes, le gaélique garde son rôle de marqueur politique et identitaire.

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