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La Pologne et la Hongrie dans le nouveau contexte géopolitique


La Pologne, poids lourd à l’est de l’UE : apaisement avec la Commission européenne

La Hongrie : le premier ministre toujours plus loin des valeurs européennes


La Pologne est de loin le plus vaste et le plus peuplé des pays d’Europe centrale et orientale : 313 000 km², 38 millions d’habitants. Elle a une économie dynamique : même en 2009-2010 elle n’a pas connu de récession et son économie a été une des moins affectées de l’UE par le Covid. Frontalière de l’Allemagne, elle a des liens très forts avec l’industrie allemande, qui lui confie des fabrications, en tirant parti de sa main-d’œuvre moins chère qu’en Allemagne.


A-t-elle un poids politique correspondant à ses forces économiques ? Pas tout à fait pour le moment, mais elle cherche à consolider son rôle de pilier d’un groupe d’États d’Europe centrale et orientale membres de l’UE, faisant ainsi contre-poids aux pays d’Europe occidentale fondateurs de l’UE. Elle a ainsi suscité plusieurs structures régionales :


  • le Forum de Bucarest, qui associe pour des sujets de sécurité neuf membres de l’UE faisant partie de l’OTAN, de l’Estonie à la Bulgarie

  • l’Initiative des trois mers, qui rassemble douze États allant de la mer Baltique, à la mer Noire et à l’Adriatique, pour développer des infrastructures d’énergie et de transports, et des actions culturelles et scientifiques

  • le Triangle de Lublin, avec la Lituanie et l’Ukraine, plateforme de coopération entre ces trois pays qui ont eu deux siècles d’histoire commune. La Pologne a vigoureusement défendu la cause de la candidature de l’Ukraine à l’Union européenne.

  • le groupe de Visegrad (avec la Hongrie, la Slovaquie et la Tchéquie)

En bleu foncé le groupe de Visegrad


Après l’invasion russe en Ukraine la Pologne a été en première ligne pour accueillir 4 millions de réfugiés ukrainiens, soit plus de 10 % de sa population ! Ayant dans son histoire été plusieurs fois envahie et partagée par ses puissants voisins, Autriche, Prusse (ou Allemagne) et Russie, elle n’a pas oublié le prix de la défense de son indépendance. Cela la rapproche de l’Ukraine, en plus des épisodes d’histoire commune.


Cette solidarité très forte avec l’Ukraine a beaucoup amélioré l’image de la Pologne auprès de l’Union européenne, alors que les relations étaient tendues, à cause notamment de la volonté des dirigeants polonais de supprimer la primauté du droit européen sur le droit national, de contrôler et le cas échéant sanctionner les juges polonais (grave entorse à la séparation des pouvoirs, une des bases de la démocratie) et de restreindre la liberté des médias.

Cela avait conduit la Commission européenne à déclencher, en décembre 2017, l’article 7 du Traité de l’UE, qui peut théoriquement entraîner le retrait des droits de vote du pays au Conseil de l’UE. Depuis 2017, le pays a en plus fait l’objet de plusieurs procédures d’infractions par la Commission européenne. La Commission refusait également pour les mêmes raisons de valider le plan de relance polonais, gelant ainsi l’octroi des sommes allouées.

Mais la Pologne a modifié sa loi sur le contrôle des magistrats et le 1er juin 2022 Ursula von der Leyen a annoncé que la Commission donnait son feu vert au plan de relance polonais de 35,4 milliards d’€. Tout va mieux, sinon bien ...


La Hongrie de son côté s’est souvent montrée solidaire de la Pologne dans ses différends avec l’Union européenne, allant d’ailleurs elle-même souvent plus loin dans ces frictions. Son premier ministre Viktor Orban joue à fond la carte du populisme. Et la Commission européenne non seulement n’a pas débloqué les fonds du plan de relance prévus pour la Hongrie, mais a pour la première fois conditionné le versement des autres fonds du budget européen 2021-2027 prévus pour la Hongrie au respect de l’état de droit dans le pays.



Réélu confortablement avec la large victoire de son parti Fidesz aux législatives de mai 2022, Orban ne se réfrène apparemment plus. En juillet, dans un discours en Transylvanie roumaine où les habitants d’origine hongroise sont très nombreux, Orban a réaffirmé ses thèses racistes, rejetant l’idée d’une Hongrie multiethnique : « Nous ne voulons pas être une race mixte […] qui se mélangerait avec des non-Européens » ; il a en plus violemment critiqué le plan européen de réduction de 15 % de la consommation européenne de gaz naturel, allant jusqu’à dire « en matière de gaz, il y a un savoir-faire allemand, comme le passé l’a montré » ! Déjà il avait refusé en 2015 d’accueillir « des migrants d’une autre civilisation », mais en juillet 2022 il est allé beaucoup plus loin, d’une façon différente mais aussi loin que Jean-Marie Le Pen en son temps. En tout cas une de ses proches et fidèles conseillères depuis des années a démissionné avec fracas après ces propos inacceptables qu’elle a qualifiés de « pur texte nazi ».


Jusqu’à quand laissera-t-on Orban tenir de tels propos, indignes d’un dirigeant d’un État membre de l’Union européenne ?


Jean-Jacques SMEDTS


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