Brexit: la Chambre des Lords multiplie les obstacles pour Theresa May


Derrière son langage suranné, son fonctionnement obscur et ses membres héréditaires, la Chambre des Lords du Royaume-Uni deviendrait-elle un bastion de rebelles, du moins sur le Brexit?

Le 18 avril, elle a infligé un sérieux camouflet à Theresa May, sur l’épineuse question de l’union douanière européenne. La première ministre britannique a promis de sortir de cet ensemble, qui fixe les droits de douane de cette union vis-à-vis du reste du monde. Il en va, selon elle, de la liberté du Royaume-Uni de mener sa propre politique commerciale et de signer des accords de libre-échange avec le reste du monde, sans avoir besoin de l’accord de l’UE. Les Lords ont voté pour un amendement demandant au gouvernement de venir s’expliquer devant le Parlement sur le sujet. Objectif: forcer Theresa May à organiser un vote à la Chambre des communes sur le sujet, qu’elle risquerait de perdre. Le sujet est d’apparence technique, mais il est de fait au cœur du Brexit: rester dans l’union douanière permettrait de réduire le retour des droits de douane après la sortie de l’UE et limiter les frictions économiques. Inversement, en sortir reviendrait à vraiment larguer les amarres, en quittant les structures économiques de l’UE.

Le 23 avril, nouvelle attaque: la Chambre haute a voté pour que la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne soit conservée dans la loi britannique, alors que le projet de loi gouvernemental sur le retrait de l'UE doit permettre au Royaume-Uni de mettre fin à la suprématie du droit européen sur le droit national britannique et organise la transposition des réglementations européennes.

Et le 30 avril la Chambre des Lords a adopté un amendement à la loi sur le Brexit donnant au Parlement le pouvoir d'empêcher la sortie du Royaume-Uni de l'UE si un accord avec l'UE n'a pas été trouvé.

Décidément le chemin vers un Brexit effectif (une sortie réelle) de l'UE, dans moins d'un an (le 29 mars 2019, date limite) est un fleuve moins tranquille que la Tamise! Il faut cependant relativiser: comme en France, en cas de désaccord entre la Chambre des Lords et la Chambre des Communes (pour la France le Sénat et l'Assemblée nationale), c'est cette dernière qui a la décision. Mais ces attaques traduisent les divergences internes chez les conservateurs.

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