Brexit : le bord de la falaise n'est pas loin !


Dessin de Marc Large dans « Sud Ouest » 25/05/2016

Tel, dans un dessin animé bien connu, le coyotte courant après BIP BIP et se retrouvant sans s'en apercevoir au-dessus du vide avant, finalement, de tomber au fond d'un ravin, les Britanniques courent après un improbable accord sans s'apercevoir que la falaise approche !

Rappelons les enjeux.

L'accord âprement négocié depuis deux ans ne plait pas aux parlementaires britanniques pour une raison simple: où placer la future frontière entre l'Union européenne (Irlande incluse) et le Royaume-Uni ?

Entre l'Eire (République d'Irlande au Sud) et l'Ulster (Irlande du Nord britannique) ? Les Irlandais, du Sud comme ceux du Nord n'en veulent pas, cela leur rappelant les mauvais souvenirs de la période de guerre civile (avant les accords de paix du vendredi saint 10 avril 1998).

Entre l'ensemble de l'île et la Grande Bretagne ? Inenvisageable pour les Britanniques d'avoir des formalités douanières entre deux parties du Royaume-Uni, l'Ulster et la Grande Bretagne.

Ne pas recréer de frontière en maintenant le Royaume-Uni dans le grand marché européen ? C'est ce que contient l'accord qui prévoit le maintien provisoire du Royaume dans l'union douanière jusqu'à ce qu'un arrangement définitif soit trouvé (« backstop » ou filet de sécurité) Inacceptable pour les Brexiteurs purs et durs qui rêvent de grand large !

Que faire ?

De toute les façons, la rationalité n'a plus guère de place dans cette affaire de Brexit. Il s'agit de « reprendre le contrôle », de renvoyer les travailleurs européens chez eux, de signer des accords commercaux mirifiques avec les pays du Commonwealth, les Etats-Unis, les pays émergents sans tenir compte des réalités.

Reprendre le contrôle ? Le Royaume-Uni n'était pas membre de l'espace Schengen, n'avait pas adopté la monnaie unique et avait négocié des exceptions aux règles européennes. Par ailleurs, son économie est maintenant étroitement imbriquée dans l'économie européenne. Les chaînes de production font qu'un même article, aux différents stades de son élaboration, fait plusieurs aller-retour au dessus (ou au dessous!) du Channel.

Se passer des travailleurs étrangers ? Certains secteurs économiques britanniques ne peuvent s'en passer. De plus, cela ne résoudra pas le problème des travailleurs non européens (Indiens, Pakistanais, Antillais...) nombreux en Grande Bretagne.

Les accords commerciaux mirifiques ? Quand on voit le nombre d'années nécessaires pour négocier de tels accords, le rejet qu'ils provoquent dans une partie de la population des pays concernés, le peu d'appétence des Etats-Unis pour en signer de nouveaux, nous souhaitons bonne chance aux diplomates britanniques !

Et maintenant, où en sommes-nous dans les négociations du Brexit ?

On n'a pas encore abordé le 2e volet, c'est à dire le type de relations futures entre le continent et Albion puisqu'on n'est même pas d'accord sur le 1er volet, c'est à dire l'accord de divorce. Theresa May a promis aux députés britanniques de renégocier ce « backstop » mais pour le remplacer par quoi ? Un indéfinissable système électronique de contrôle électronique de la frontière?

Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Que se passera-t-il le 29 mars (jour de départ du Royaume-Uni), nul n'en sait rien !

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