Lettre Europe Juin 2021

Tribune : Anglais ???

J’en ai marre ! La dernière liste des formations proposées dans le cadre d’Erasmus+ aux Maisons de l’Europe via la FFME (Fédération française des Maisons de l’Europe) est absolument superbe, variée et passionnante. Mais la totalité des formations est en anglais ! Évidemment cela m’énerve car mon anglais est médiocre, et je ne veux pas me ridiculiser devant des personnes plus compétentes, même si certaines de ces formations sont là pour améliorer… mon anglais !


L’Irlande est certes un beau pays, avec 5 millions d’habitants et l’anglais comme principale langue officielle. Mais l’Union Européenne c’est plus de 445 millions d’habitants ! Que dirait-on d’une totale prééminence du slovaque, alors que les Slovaques sont plus nombreux que les Irlandais (plus les Maltais, qui ont aussi l’anglais comme une de leurs deux langues officielles) ? L'Irlande a pourtant choisi l'irlandais gaélique comme langue officielle et nationale en entrant dans l'Union, et ne le laissera jamais éliminer du corpus des langues officielles de l’UE.


L'anglais est la 2ème langue maternelle dans le monde...et la 18ème dans l'UE !


Bien sûr vous me direz que l’anglais est la langue des échanges internationaux, mais quand même, la diversité culturelle devrait aussi se démontrer en allemand, italien, français, espagnol…. Je ne suis pas bête au point de penser que l’on peut « bouter l’anglais hors de l’UE » d’un claquement de doigts, mais tous les linguistes sont d’accord sur un point: la langue a un effet important sur les concepts qu’elle véhicule. Selon Saussure : “La langue est un fait social, c’est-à-dire un fait qui est indépendant de l’action de l’individu et de ses actes et qui, au contraire, s’impose à lui dans la société, dans la « masse parlante » de tous ceux qui parlent la même langue que lui”.

De fait l’anglais est la langue de la mondialisation du commerce et du libéralisme économique et politique. Elle est aussi celle des scientifiques, mais curieusement de moins en moins celle d’Internet. L’anglais, qu’on le veuille ou non, a une connotation politique .

Selon JC Galien, politologue et enseignant à la Sorbonne : “il serait totalement incompréhensible, voire suicidaire, dans un monde multipolaire devenu celui d'un affrontement permanent de blocs de puissances, qu'après ce tournant historique (le Brexit ndlr), la domination déséquilibrée et déséquilibrante de la langue anglaise soit maintenue par les Européens eux-mêmes, conservant ainsi à d'autres acteurs très puissants, extérieurs à l'Union et étant ses concurrents, un avantage décisif d'influence au cœur de nos institutions, avantage depuis trop longtemps activé au détriment des intérêts des citoyens européens.


Lorsqu'on regarde régulièrement ce que publient les institutions européennes, on constate qu'une grande majorité des documents du Conseil de l’UE, de la Commission et même du Parlement Européen sont conçus puis produits d'abord en anglais et quasiment plus en français ou en allemand, qui sont pourtant “langues de travail” de l’UE au même niveau que l’anglais.

Depuis le BREXIT, le coût des traductions de et vers l’anglais représente toujours 1/3 du budget langues de l’UE ! Doit-on vraiment garder l’anglais comme langue de travail ? N’est-ce pas affirmer une vassalisation inéluctable aux USA et à BoJo ?


Il n’est plus possible que la langue de la « perfide Albion » persiste comme langue de travail quasi-unique de l’Union Européenne ! Mais que fait-donc la POLICE COMMISSION ?????

Devons-nous interpeller les institutions ??? Comment ???


Raison de plus pour s’exprimer dans le cadre très ouvert de la préparation de la Conférence sur l’Avenir de l’Europe, dont il faut pourtant regretter qu’elle soit souvent affublée par les institutions européennes elles-mêmes du nom de CoFoE (Conference on the Future of Europe), CQFD !!!


Charles-Antoine ROUSSY, président de la Maison de l’Europe de Nîmes


Agenda de la Maison de l’Europe juin 2021


Mardi 1er juin 8h30 – 11h

Formation Point Info OFAJ

Comment réaliser des présentations en ligne vivantes et interactives ? Formation par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse


Mercredi 2 juin 10h

Point presse pour un départ proche en stages Erasmus+ en Allemagne

5 jeunes des Missions Locales Jeunes Nîmes Métropole et Petite Camargue (Vauvert) partent 4 semaines à Berlin pour des stages en entreprises, du 6 juin au 4 juillet.

  • Maison de l’Europe de Nîmes, 46 rue de la République, Nîmes


Jeudi 3 juin 10h – 16h

Projet « Vie d’adulte » au lycée Albert Camus

La Maison de l’Europe – Europe Direct participe à cette journée au lycée Camus dont l’objectif est de tendre la main aux adolescents pour les conduire plus sereinement vers « La vie d'adulte ».

  • Lycée Albert Camus, 51 avenue Georges Pompidou, Nîmes


Jeudi 3 juin 18h - 19h30

Rencontre avec Rex Bailey, ancien fonctionnaire européen britannique, en retraite à Vauvert, qui évoquera ses 35 ans à Bruxelles. Événement à l’initiative du Mouvement Européen du Gard. Ouvert à tous.

  • Maison de l’Europe de Nîmes, 46 rue de la République, Nîmes


Mardi 8 juin 9h – 16h

Marathon créatif en ligne avec le réseau pédagogique Canopé

Les trois centres Europe Direct du Languedoc-Roussillon organisent un « hackathon pédagogique » autour de la devise européenne « Unie dans la diversité » avec des jeunes des Écoles régionales de la 2ème chance et le réseau Canopé

  • Atelier Canopé 30, 58 rue Rouget de Lisle, Nîmes


Jeudi 10 juin 18h

Réunion d’information Mobilités européennes

Présentation des dispositifs européens de mobilité pour les jeunes, y compris les missions du Corps européen de solidarité

  • Maison de l’Europe de Nîmes, 46 rue de la République, Nîmes


Vendredi 11 juin 8h30 – 12h

Jeu de piste « Fête de l’Europe » au CFA

En prolongement du Joli mois de l’Europe, les apprentis du CFA de la CCI Occitanie à Marguerittes pourront parcourir trois étapes en découvrant les origines du projet européen, les priorités actuelles de l’UE et les parcours possibles pour les citoyens

  • CFA CCI Occitanie, 90 allée Jacques Cartier, Marguerittes


Lundi 14 juin, 16h – 18h

Café Europe avec la Fédération des Foyers Ruraux en Lozère

Présentation du nouveau programme Erasmus+ et des dispositifs européens pour les jeunes


Jeudi 17 juin 18h - 20h

Présentation-débat sur « Les frontières en Europe »

Frédéric BOURQUIN, président de la Maison de l’Europe de 2013 à 2020, vice-président du Mouvement Européen du Gard, présentera sa réflexion sur les frontières en Europe et leur gestion, avec quelques bizarreries historiques et des points de friction actuels. Événement à l’initiative du Mouvement Européen du Gard. Ouvert à tous.

  • Maison de l’Europe de Nîmes, 46 rue de la République, Nîmes


Vendredi 18 juin, 9h30 – 14h

Réunion de réflexion stratégique : Quel avenir pour la Maison de l'Europe à 5 ans ?

Rencontre annuelle entre les administrateurs et les salariés permanents de la Maison de l’Europe.

  • 1477 chemin de la Capitelle pointue, à Nîmes


Vendredi 18 juin, 14h – 16h

Comité départemental du service civique

Point sur l’actualité du Service civique dans le département du Gard et planification d’un événement d’animation sur le Service civique et sur la Conférence sur l’Avenir de l’Europe. La Maison de l’Europe participe régulièrement à ce Comité.

  • Direction départementale de la cohésion sociale du Gard, 1120 route de Saint-Gilles, Nîmes


Dimanche 20 juin, à partir de 16h

Café linguistique (à confirmer)

Version slave et balte : Croatie, Slovaquie, Lettonie

  • Jardins de la Fontaine, Nîmes


Mercredi 23 juin 10h – 12h

Assemblée générale annuelle de la Maison de l’Europe

La Maison de l’Europe invite ses adhérents et partenaires proches de Nîmes à participer à son Assemblée générale 2021.

  • Nîmes Métropole, 3 rue du Colisée, Nîmes (lieu à confirmer)


Lundi 28 juin (date à confirmer)

Rencontre avec l’ambassadeur du Portugal en France

L’objectif de cette rencontre, à l’initiative du Mouvement Européen du Gard, est de donner l’occasion à l’ambassadeur de présenter un bilan de la présidence du Conseil de l’UE par le Portugal au 1er semestre 2021, avant que ce pays passe le relais à le Slovénie le 1er juillet. Le programme est encore à préciser.

  • Maison de l’Europe de Nîmes, 46 rue de la République, Nîmes (à confirmer)


Mardi 29 juin 8h – 16h

Service national universel – mon Europe à moi !

Animation par la Maison de l’Europe de 4 ateliers autour de la Citoyenneté européenne, l’engagement civique, la mobilité européenne et les propositions de l’UE pour combattre le changement climatique.

  • Saint Rome de Dolan (Lozère), près des gorges du Tarn, commune de Massegros Gorges Causses

Mercredi 30 juin 8h - 10h

Service national universel – mon Europe à moi !

Animation par la Maison de l’Europe de 4 ateliers autour de la Citoyenneté européenne, l’engagement civique, la mobilité européenne et les propositions de l’UE pour combattre le changement climatique

  • Centre d’accueil du Ventouzet, Sainte Colombe de Peyre (Lozère), commune de Peyre en Aubrac, près d’Aumont-Aubrac


Vendredi 2 juillet 15h – 18h (date à confirmer)

Inauguration de la nouvelle identité EUROPE DIRECT Nîmes Bas-Rhône Cévennes

  • Maison de l’Europe de Nîmes, 46 rue de la République, Nîmes


Conférence sur l’avenir de l’Europe


La Conférence sur l’avenir de l’Europe a été officiellement lancée dimanche 9 mai 2021 depuis le siège du Parlement européen à Strasbourg. Pour les citoyens européens, le coup d’envoi avait déjà été donné le 19 avril avec le lancement d’une plateforme numérique multilingue.


Le 9 mai à Strasbourg, après une vidéo introductive et un discours d’ouverture du président français Emmanuel Macron, les présidents du Parlement européen David Sassoli, du Conseil de l’Union européenne Antonio Costa (premier ministre du Portugal, qui assure la présidence tournante au 1er semestre 2021) et de la Commission européenne Ursula von der Leyen se sont exprimés, avant que la parole ne soit donnée aux trois co-présidents de la conférence : Guy Verhofstadt (député européen, belge, groupe politique Renew Europe) au nom du Parlement européen, Ana Paula Zacarias (secrétaire d’État aux affaires européennes du Portugal) en tant que représentante de la présidence tournante du Conseil de l’UE et Dubravka Šuica (Croatie), vice-présidente de la Commission européenne, chargée de la démocratie et de la démographie.

Un lancement très symbolique et protocolaire, donc, avec des interventions musicales, dans un siège strasbourgeois du Parlement européen déserté depuis de longs mois, par le recours massif aux réunions en ligne pour les députés européens et la tenue de sessions à Bruxelles, pour limiter les risques de transmission du Covid 19.


Voulue comme le cœur battant de la Conférence,la plateforme numérique est faite pour associer activement les citoyens européens à la préparation des décisions qui seront prises au terme de la démarche. Conçue pour créer un débat ouvert et transparent à l’échelle des 27 États membres, elle vise à inclure le plus grand nombre dans un processus participatif. Plus loin dans ce texte, nous rappelons comment y participer, c’est possible – et souhaitable – à tout moment, avec la possibilité de réagir à des propositions faites par d’autres personnes de n’importe lequel des 27 États de l’UE grâce aux méthodes numériques de traduction instantanée.


Pendant plusieurs mois, des débats, conférences et autres évènements sur l’avenir de l’Europe seront organisés dans tous les pays membres de l’Union. Les institutions européennes espèrent qu’une partie importante des événements pourront se tenir en présence de public.


En France, 50 citoyens tirés au sort devraient participer à trois jours de sensibilisation puis à deux jours de discussions. Leur synthèse nationale sera ensuite transmise au président Macron.


Les conclusions au niveau européen devraient être connues au printemps 2022, alors que la France assurera la présidence du Conseil de l’UE (janvier-juin 2022). Elles devront traduire les principales propositions et questions des Européens, sur les transitions énergétique et numérique, les frontières, la santé ou sur d’autres domaines. Certaines propositions pourront entrer dans le champ actuel des compétences européennes, d’autres pourraient nécessiter une réforme des traités.


La plateforme numérique, un outil essentiel, pour tous.

La plateforme numérique est multilingue et entièrement interactive : chacun peut y dialoguer et discuter de leurs propositions avec des citoyens de tous les États membres, dans les 24 langues officielles de l'Union. Les personnes de tous les horizons sont encouragées à contribuer par cette plateforme à donner forme à leur avenir, mais aussi à promouvoir cette plateforme sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #TheFutureIsYours. Vous pouvez accéder ici à la plateforme (notez cette adresse!): https://futureu.europa.eu

Principe essentiel de la conférence, une transparence totale sera assurée sur la plateforme : toutes les contributions et tous les résultats des événements seront collectés, analysés, contrôlés et rendus publics. Les idées et recommandations clés issues de la plateforme serviront de contributions aux panels de citoyens européens et aux sessions plénières, où elles seront débattues pour produire les conclusions de la conférence.

La plateforme s'articule pour le moment autour de 10 grands thèmes : changement climatique et environnement ; santé ; une économie plus forte, justice sociale et emploi ; l'UE sur la scène internationale ; valeurs et droits, état de droit, sécurité; transformation numérique ; démocratie européenne ; migration ; éducation, culture, jeunesse et sport ; « autres idées ».


Le rôle des Centres Europe Direct et des Maisons de l’Europe ?

Les Centres Europe Direct et les Maisons de l’Europe – et d’autres associations européennes, comme le Mouvement européen - sont des lieux de rencontres et d’animation de débats sur l’UE dans les territoires. Les Institutions européennes souhaitent qu’ils jouent un rôle actif dans la réalisation et l’animation des conférences sur l’avenir de l’Europe, sous leurs diverses formes.

La Maison de l’Europe de Nîmes vous encourage donc à émettre dès maintenant et à tout moment des idées et faire des propositions sur la plateforme numérique, cela en toute liberté. Il est toujours plus constructif de faire des propositions que de ronchonner dans son coin !


Vous avez la parole, prenez-la : votre avenir d'Européen est entre vos mains !



Un nouveau cadre pour les relations entre l’Europe et les pays du Sud


Carte des pays membres de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, O.E.A.C.P.


Comment un évènement concernant 1 milliard et demi de personnes réparties dans 106 pays peut-il passer inaperçu du grand public ? Le 15 avril 2021, la commissaire européenne aux partenariats internationaux, Jutta Urpilainen, et le ministre togolais des affaires étrangères, Robert Dussey, ont paraphé le nouvel accord de partenariat entre l'Union européenne et les 79 membres de l'Organisation des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (O.E.A.C.P, organisation internationale remplaçant le groupe des États A.C.P), marquant ainsi la conclusion officielle de 3 ans de négociations. Cet accord remplace celui de Cotonou, qui fixait depuis 2000 le cadre de coopération entre les pays A.C.P. (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et l’Union européenne.


La signature, l'application provisoire et la conclusion de l'accord seront soumises au Conseil de l'Union européenne qui se prononcera après l’approbation du Parlement européen. L'accord devrait être signé au second semestre de 2021. Pour qu'il puisse entrer en vigueur, les parties devront avoir achevé leurs procédures internes de ratification.

Le nouvel accord couvre six domaines prioritaires :

  • Les droits de l'Homme et la démocratie ;

  • La paix et sécurité ;

  • Le développement humain et social ;

  • La durabilité environnementale et le changement climatique ;

  • La croissance et le développement économique inclusifs et durables ;

  • Les migrations et la mobilité.

L'accord comporte un cadre global commun U.E - O.E.A.C.P , un socle commun à tous les pays qui définit les valeurs et les priorités, ainsi que trois protocoles régionaux (Afrique, Caraïbes, Pacifique), adaptés aux besoins de chaque région.


L’origine de la coopération entre l’Europe et les pays A.C.P.

Dès le 9 mai 1950, Robert Schuman affirmait:"l'Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation d'une de ses tâches essentielles : le développement du continent africain".

A l’instigation de la France, le traité de Rome (25 mars 1957) avait prévu d’associer les pays et territoires d’outre-mer « entretenant avec la Belgique, la France, l’Italie et les Pays-Bas des relations particulières ». Il s’agissait de territoires ayant, à l’époque, des statuts différents : colonies, territoires sous tutelle, protectorats.

L’objectif de la France et des autres États coloniaux était de faire partager le fardeau du développement à l’Allemagne, dépourvue d’empire colonial (depuis la fin de la 1ère guerre mondiale) et de garder leurs débouchés en Afrique sans barrières douanières. Dans le contexte de la Guerre froide, il s’agissait aussi de garder le continent dans l’orbite occidentale.

Le premier Fonds Européen de Développement (F.E.D.) fut créé en 1958 au profit de 18 États africains, alors que la décolonisation était en cours.

Dès 1960, des négociations ont démarré pour préparer l’association à la C.E.E. des anciennes colonies françaises, belges, italiennes d’Afrique noire et néerlandaises des Antilles. Un premier accord a été signé entre la C.E.E. et l’ensemble des pays bénéficiaires à Bruxelles le 20 décembre 1962.

Depuis, la coopération entre la C.E.E puis l’U.E et les pays bénéficiaires est concrétisée par des conventions successives portant le nom d’une ville d’Afrique, d’abord quinquennales puis décennales et enfin pour 20 ans avec des révisions à mi-parcours. Chaque nouvelle convention s’étend à de nouveaux domaines comme les ressources minières ou les services, prend en compte des exigences nouvelles comme les droits de l’Homme ou le développement durable, met à disposition des sommes croissantes par l’intermédiaire du Fonds européens de développement et de prêts de la Banque européenne d’investissement, tandis que le cercle des pays bénéficiaires s’est progressivement étendu à d’anciennes colonies d’Afrique anglophone (suite à l’entrée du Royaume-Uni dans la C.E.E) puis à des pays des Caraïbes et du Pacifique :

  • Yaoundé (Cameroun) I, signée le 20/07/1963, couvrait la période du 1/06/1964 au 1/06/1969 et bénéficiait à 18 États africains, ex-colonies françaises, belges ou sous mandat italien. Les premières institutions communes sont mises en place : conseil des ministres, comité des ambassadeurs, assemblée parlementaire, cour arbitrale.

  • Yaoundé II, signée le 19/07/1969 pour la période du 1/01/1971 au 31/01/1975 et concernait 19 États africains. Un Fonds de réserve spécial était chargé d’intervenir éventuellement en cas de chute importante des cours mondiaux affectant un produit vital pour l’économie d’un pays associé.

  • Arusha (Tanzanie), signée le 24/09/69, associait les États de l’Afrique orientale (Kenya, Ouganda, Tanzanie), anciennes possessions britanniques.

  • Lomé (Togo) I, signée le 28/02/1975 pour la période 1976-1980 avec 46 pays bénéficiaires incluant désormais d’anciennes possessions britanniques d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. La C.E.E. renonça à la réciprocité en matière d’avantages commerciaux et les pays A.C.P. furent désormais libres d’instaurer des droits de douane pour protéger leur industrie naissante. Désormais, 95% de leurs exportations furent admises dans la C.E.E en franchise de droits. Seuls les produits couverts par la Politique Agricole Commune (céréales, viande bovine, agrumes) restaient soumis à des quotas. La Convention créa un fonds de stabilisation chargé de garantir un niveau de recettes aux pays dépendant de quelques produits pour leurs exportations, le STABEX (Stabilisation des prix des produits agricoles à l’exportation) : en cas de baisse des cours de 23 produits agricoles (café, cacao, arachide, thé, sisal, etc..), une compensation financière était accordée, mais les États bénéficiaires devaient rembourser l’avance lorsque les cours remontaient. L’indépendance des anciennes colonies espagnoles et portugaises entraîna leur intégration progressive dans les conventions de Lomé successives .

  • Lomé II (31/10/1979) couvrant la période 1981-1985 et 58 pays bénéficiaires. La convention mit en place le fonds SYSMIN qui octroyait des crédits pour rétablir le potentiel de production de 8 produits miniers s’il était entamé par des catastrophes naturelles, des événements politiques ou la chute des cours.

  • Lomé III (8/12/1984) pour la période 1986-1990 ; le nombre de bénéficiaires atteint 66. Elle transforma SYSMIN en instrument de développement et de modernisation de la production minière en accordant désormais des subventions.

  • Lomé IV (15/12/1989) couvrant 1990-2000 et étendue à 71 États. La Facilité d’ajustement structurel (F.A.S.) a été créée pour remettre en marche des économies en crise (rétablissement des balances commerciales, équilibrage des budgets, allégement de la dette, réduction de l’inflation) et désormais, l’Union européenne se réservait le droit de suspendre son aide aux pays ne respectant pas les droits de l’Homme et ne réduisant pas leurs dépenses militaires.

  • Cotonou (Bénin) le 23/06/2000, couvrant la période 2000-2020 au profit de 76 bénéficiaires. Cette convention a failli ne jamais voir le jour car l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche et les pays de l’Europe du Nord contestaient les résultats de l’aide au développement.


L’action de l’U.E en direction des pays A.C.P. au début du XXIe siècle

Ces accords sont soumis à de très fortes pressions, à la fois internes à l’Union européenne mais également externes émanant des pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (O.M.C.), sans parler de celles des O.N.G dénonçant une forme de néo-colonialisme.


Une coopération aux résultats mitigés.

Les précédents accords (Yaoundé/Lomé/Cotonou) ont montré leurs limites (la part des exportations des pays A.C.P vers l'U.E ne cesse de décroître, de 7 % en 1975 à 3 % en 2009) et ils ont eu peu de conséquences sur le développement des économies des pays A.C.P et leurs accès au marché européen. Ce sont en fait les barrières non tarifaires qui empêchent les produits A.C.P d'entrer sur le marché européen. Certaines normes concernent la santé du consommateur, d'autres touchent à des aspects esthétiques comme par exemple la taille des mangues. Les effets recherchés par ces préférences asymétriques ont aussi été contrecarrés par les subventions agricoles de l'U.E vis-à-vis de ses propres producteurs, alors que les producteurs des pays A.C.P ne peuvent faire bénéficier leurs agriculteurs de subventions similaires.


Pressions internes à l’U.E.

Certains pays membres, au premier chef le Royaume-Uni, promouvaient la doctrine libérale “trade not aid” (commercer au lieu d’aider). D’autres États (Allemagne, Autriche, Pays-Bas...) n’ayant jamais eu ou n’ayant plus depuis longtemps d’empire colonial, remettent régulièrement en cause le principe de cette aide, contestent son efficacité et préfèrent investir dans les pays d’Europe centrale et orientale susceptibles d’offrir des marchés plus prometteurs.


Pressions de l’Organisation Mondiale du Commerce (O.M.C.)

Les baisses de tarifs douaniers négociées dans le cadre de l’O.M.C ont érodé les avantages de l’exemption de droits de douane accordée par l'Union européenne ; d’autre part, la plupart des pays membres de l’O.M.C. (dont les États-Unis) exercent une forte pression pour faire rentrer les pays A.C.P. dans le droit commun. Les A.P.E.R. (Accords de partenariats économiques régionaux) s'alignent sur les exigences de l'O.M.C., en régionalisant la relation commerciale entre les pays de l’U.E et les regroupements régionaux de pays bénéficiaires ; ils devraient mettre fin à la discrimination positive dont bénéficiaient les pays A.C.P. mais ils peuvent être adaptés en fonction du niveau de développement et des besoins des régions. Le but est de faciliter, à terme, leur intégration dans le régime général de l'O.M.C., de favoriser l’intégration économique régionale et d’éliminer les barrières commerciales entre les pays A.C.P., afin de stimuler les échanges commerciaux sud-sud et la croissance économique.


Depuis septembre 2002, l’Union européenne a mené des discussions difficiles avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique car la plupart craignaient une érosion de la base des droits de douane qu’ils appliquaient aux produits européens (puisque l’exemption de droits ne fonctionnait que dans le sens A.C.P vers U.E) ainsi que l’envahissement de leur marché par ces derniers. L’objectif consistait à remplacer à compter du 1er octobre 2014 les préférences commerciales non réciproques accordées par l’U.E. aux 77 pays A.C.P. dans le cadre de l’accord de Cotonou. Au total, six A.P.E.R. ont été négociés, sur une base régionale. On aboutit ainsi à une structure à deux niveaux : les A.P.E.R par grandes régions qui structurent les relations commerciales avec l’U.E et l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique qui fédère au niveau mondial les partenaires de l’U.E.


L’intérêt porté par la Chine au Pacifique et à l’Afrique relance l’attention des pays européens pour ce dernier continent, que l’on annonce comme prometteur. De toute façon, notre sort est étroitement lié à celui du continent africain aussi bien pour le meilleur que pour le pire : liens culturels et linguistiques notamment par l’intermédiaire des diasporas, très forte croissance démographique (2,5 milliards de personnes en 2050) pouvant entraîner des migrations incontrôlées, développement économique rapide offrant des opportunités, instabilité des régimes et terrorisme.


La diplomatie du fromage


Connaissez-vous le halloumi ? Sans doute pas encore, mais il devrait bientôt être davantage présent sur nos tables et dans nos menus. Il s’agit tout simplement d’un fromage chypriote qui va enfin disposer d’une AOP (Appellation d’origine protégée).


La notion d’appellation d’origine est une vieille spécialité française, avec l’AOC (C pour « contrôlée »), dont l’extension plus récente au niveau européen est l’AOP : l’AOP donne une protection juridique dans toute l’UE . Certes, même avant la création de l’AOP les autres États-membres ne manquaient pas d’idées pour protéger leurs productions traditionnelles, pensons à la loi sur la pureté de la bière (Reinheitsgebot) qui a permis à l’Allemagne de batailler pendant des décennies avant de baisser pavillon (*). Mais il est vrai que l’ensemble de l’Europe a fini par trouver l’idée sexy et non seulement par l’adopter, mais par l’inclure dans les négociations commerciales, comme on l’a vu encore pour le CETA (accord commercial avec le Canada).

Alors ce halloumi ? Protégé par une AOP, donc, mais quoi de plus banal ? C’est juste que l’AOP s’appliquera au halloumi, produit à Chypre « sud », la partie de l’île qui est réellement membre de l’UE (**), mais aussi au hellim, qui est le même fromage, mais produit dans la partie nord, la soi-disant RTCN (pour République Turque de Chypre du Nord). Or la RTCN n’est reconnue que par la seule Turquie d’Erdogan. Et les négociations qui finalisent aujourd’hui cet accord sur le halloumi/hellim nécessitaient l’approbation du parrain turc, laquelle était, on s’en doute, loin d’être acquise.


Mais la RTCN a su faire valoir que la reconnaissance du hellim dans le cadre de l’AOP constituait pour le nord de Chypre un enjeu de développement important (et ce vrai-faux pays en a bien besoin) ; en contrepartie, la RTCN accepte les règles qui prévalent en Europe pour tout produit agricole transformé, qu’il s’agisse de normes sanitaires ou de bien-être animal.


Quel est l’enjeu, en fait ? Ni plus ni moins que la réunification de l’île. Celle-ci n’est pas pour demain, mais de l’avis des spécialistes, l’accord sur le halloumi est un pas considérable. Et ce qui l’a rendu possible, c’est l’application de ce que certains appellent la "méthode Monnet", laquelle consiste à utiliser un accord d’apparence technique pour ouvrir la voie à une coopération politique plus profonde.

Avec tout le respect que nous devons à la mémoire de Jean Monnet, il n’est pas inconvenant de rappeler que cette même méthode a été utilisée sans discontinuer tout au long des dix années de la présidence Delors de la Commission européenne (et encore par la suite, quoique avec moins de fermeté), et qu’elle a permis des avancées considérables sur lesquelles il n’a plus été question de revenir ensuite.

C’est ainsi que l’Europe avance, comme l’avait prédit Robert Schuman en son temps : « par des réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait ».

Un même fromage, commercialisé sous deux noms quasi-identiques, produit selon des normes identiques dans deux « pays » que tout unit et tout sépare à la fois : voilà bien une réalisation concrète, dont l’importance échappe au grand public, et qui pourtant prépare un avenir meilleur pour des populations durement touchées par l’aveuglement de dirigeants.


Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute !


(Pour en savoir plus, et source : dossier « Halloumi » dans Libération du 28/4)


(*) Cette loi édictée en Bavière il y a plus de 500 ans imposait trois ingrédients exclusifs pour la bière : orge, houblon et eau.

(**) Pour l’UE, toute l’île de Chypre forme un seul état, membre de l’UE depuis 2004, mais la partie nord occupée par l’armée turque depuis 1974 n’applique évidemment pas les textes européens.


L’Europe s’engage pour soutenir les ONG humanitaires et la haute technologie



Handicap International (HI) a été récompensé deux fois par l’UE dans le cadre des projets de haute technologie rentables dans le domaine de l'aide humanitaire.

Le mois dernier nous vous avions présenté le projet de déminage assisté par drones (Odyssey 2025), ce mois-ci nous nous intéressons au projet TeReFa qui a aussi été récompensé.


Le Projet TeReFa (Télé Réadaptation For All) est la suite technologique des premières prothèses de bambou mises au point par HI au Cambodge en 1982.

Les soins et la réadaptation dans les zones reculées sont très difficiles, encore plus dans les périodes de crises ou d'instabilité. Les nouvelles technologies permettent de rapprocher les solutions efficaces des personnes handicapées avec des coûts acceptables. 80 % des personnes handicapées vivant dans les pays en développement et seulement 5 à 15 % d'entre elles ont accès à des services de prothèses.


La télé-réadaptation offre des solutions pratiques à ces problèmes.

Elle consiste à utiliser la technologie numérique pour faciliter l’accès à distance aux services de fabrication de prothèses adaptées à chaque personne handicapée.

  • HI a développé et testé un processus utilisant un scanner 3D portable pour des prises de mesures numériques sur un patient ayant besoin d'une prothèse. Le scan peut être fait par des agents de santé dans des régions éloignées, avec une formation relativement simple.

  • La technologie de conception assistée par ordinateur et une imprimante 3D sont ensuite utilisées pour fabriquer une prothèse ou orthèse sur mesure à partir d'un filament léger. Cette fabrication peut se faire dans un autre endroit, sans la présence du patient.

  • Le processus réduit le besoin de grosses infrastructures de santé, de personnel et d'équipements lourds et permet une fabrication rapide.

  • L'innovation numérique permet également d'interagir avec les patients, par la communication vidéo. Les équipes de HI et ses partenaires échangent avec les bénéficiaires identifiés avant de fabriquer l'appareillage, et par la suite les guident dans leur rééducation à la marche ou autres mouvements avec leur nouvelle prothèse. Ainsi les professionnels peuvent, à distance, faire le suivi avec les bénéficiaires, évaluer les progrès de mobilité et d’autonomie, répondre aux questions et régler les problèmes techniques éventuellement rencontrés.

  • La télé-réadaptation compense la pénurie de professionnels hautement qualifiés, rapproche les experts des bénéficiaires et améliore l'information et la communication relatives aux solutions de réadaptation

  • L'accès aux services de réadaptation et aux solutions de prothèses et orthèses pour les personnes handicapées de régions éloignées augmente leur autonomie fonctionnelle, réduit leur vulnérabilité, atténue le risque de leur exclusion sociale et contribue à améliorer leur qualité de vie. Les enfants peuvent aller à l’école et s’insérer dans la société.


Liens utiles : https://handicap-international.fr/fr/index

https://handicap-international.fr/sn_uploads/pdf/HI-TeReFa.pdf


Tout connaître sur le projet Horizon

https://ec.europa.eu/programmes/horizon2020/sites/default/files/H2020_FR_KI0213413FRN.pdf

https://cordis.europa.eu/article/id/422311-horizon-impact-award-2020-awards-eu-funded-projects-with-the-greatest-societal-impact/fr


Trois brèves d’Europe



Robert Schuman bientôt honoré par le Vatican ?


L’Union européenne perpétue le souvenir de l’action obstinée de Robert Schuman pour la paix en Europe, avec la Journée de l’Europe le 9 mai.

Le Vatican s’apprêterait (dès cette année?) à déclarer Robert Schuman « vénérable ».


Première étape vers une éventuelle béatification puis peut-être canonisation, la reconnaissance par l’Église catholique d’une personne comme « vénérable » suppose l’examen approfondi de sa vie et de ses écrits.

Pour Robert Schuman, qui était habité par une foi catholique profonde, cet examen a commencé en 1990 au diocèse de Metz, où il a vécu et où sa maison est devenue un musée dédié à son action. Le dossier a été transmis à Rome en 2004.

Né à Luxembourg en 1886, avec la nationalité allemande, Robert Schuman devient français à la fin de la 1ère guerre mondiale. Élu député de la Moselle, il sera ministre des affaires étrangères après la 2ème guerre mondiale, de 1948 à 1952. C’est dans cette période que le 9 mai 1950 il fait sa célèbre déclaration : «... Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production de la France et de l’Allemagne de charbon et d’acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe. …. ». Cette déclaration pose les fondements de ce qui deviendra par étapes l’Union européenne.


Ayant vécu deux guerres mondiales, Robert Schuman a su faire coïncider son action politique avec le pardon aux ennemis dicté par sa foi. La volonté de réconciliation l’a emporté sur la tentation de la vengeance.



Le gazoduc NordStream 2 sera-t-il terminé ?


L’Allemagne a besoin de gaz naturel, de beaucoup de gaz : en 2011 elle a décidé d’arrêter ses centrales nucléaires en 2022, et elle doit à terme fermer ses nombreuses centrales au charbon, pour respecter ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. L’équation n’est pas simple et la multiplication des éoliennes et des installations photovoltaïques ne suffira pas à la résoudre sans un recours massif au gaz, moitié moins émetteur de CO2 que le charbon.

D’autres pays d’Europe, dont la France, ont aussi besoin de gaz, alors que certains gisements qui les alimentent sont en déclin, comme celui de Groningue aux Pays-Bas.


La Russie est un très gros producteur de gaz naturel et géographiquement elle n’est pas trop loin : c’est la base du projet NordStream, en deux phases, deux gazoducs parallèles de 1 200 km entièrement sous la mer Baltique. Ce projet est financé par moitiés par la compagnie russe Gazprom et par des compagnies gazières d’Allemagne, d’Autriche, des Pays-Bas et Royaume-Uni (Shell) et de France (Engie).


Le gazoduc NordStream 1 est en service depuis 2012.

NordStream 2 est posé sur 90 % de son tracé, mais le chantier de plus de 9 milliards d’€ est arrêté depuis début 2020, en raison des menaces de sanctions américaines contre les entreprises qui travaillent avec la Russie. La tentative d’empoisonnement d’Alexeï Navalny puis son emprisonnement et la répression contre les manifestations en sa faveur ont conduit plusieurs pays européens à mettre en doute la pertinence de ce projet, avec lequel l’Union européenne deviendrait encore plus dépendante de la Russie, ou même à demander son abandon. La Pologne et les États baltes n’apprécient pas que le gazoduc entièrement sous-marin ne puisse pas desservir leur territoire. L’Allemagne, elle, y tient, estimant ne pas pouvoir s’en passer. L’ancien chancelier Gerhard Schröder est personnellement très impliqué dans ce projet, où il a pris des responsabilités directes très vite après avoir quitté le pouvoir politique en 2005.


Il est probable que l’interception d’un avion civil d’une compagnie européenne par la Biélorussie (Belarus) pour mettre la main sur un journaliste d’opposition ne pourra que prolonger l’arrêt du chantier NordStream 2, l’appui de la Russie au gouvernement biélorusse pour cette opération ne faisant guère de doute.



Langues officielles et langues nationales: l’anglais et le gaélique