L’anglais, vrai ou faux ami ?


Point de retrait de colis à la gare de Nîmes, pourquoi en anglais?


Il ne s’agit pas, bien sûr, de l’Anglais-individu, qui peut être, tout comme le Français, d’ailleurs, jovial ou pisse-froid, radin ou généreux, flegmatique ou exubérant. Il s’agit de la langue anglaise.


Après le Brexit, certains s’interrogeaient benoîtement sur l’utilité de maintenir l’anglais parmi les langues européennes. La question ne se pose même pas : deux États-membres, qui ne manifestent aucune intention de quitter l’UE (l’Irlande et Malte) ont l’anglais comme langue officielle. Mais au-delà, presque toutes les rencontres entre citoyens européens (sauf critère linguistique impérieux) montrent que la langue de communication qui s’impose presque immédiatement est, de fait, l’anglais (1). Faut-il s’en plaindre ? Il est vrai qu’on se demande souvent s’il faut en apprécier la commodité ou en dénoncer l’intrusion.


Laissons la commodité pour ne parler que de l’intrusion, d’autant plus insupportable lorsqu’elle est superflue, ce qui est fréquent. Dire d’une personne ou d’une situation qu’elle est « cool », c’est entré dans le langage courant et il n’y a pas forcément lieu de s’en formaliser : on a à la fois tout et rien dit, et l’interlocuteur a parfaitement compris le message. Quitte à ce qu’on doive préciser sa pensée.


Mais la prolifération d’anglicismes non seulement inutiles, mais carrément polluants, a de quoi exaspérer. Passe encore pour « possiblement », directement inspiré de l’anglais « possibly » (pour « éventuellement ») : l’aménagement de l’adjectif en adverbe de manière a quelque chose de logique, et le mot finira par s’imposer. Il y a pire.


Pourquoi par exemple parler de « digital » et de « digitalisation » alors que « numérique » et « numérisation » suffisent parfaitement à notre bonheur ? En anglais, « digit » signifie aussi « nombre », d’où la dérivation. Mais en français, quel intérêt ? Et pourquoi, en cette période où la controverse s’annonce virulente, parler de « tracking », voire de « backtracking » (comprenne qui pourra) alors que le traçage numérique est parfaitement compréhensible à tout un chacun ?


Pire : voilà que certains, y compris parmi nos scientifiques de haut niveau, se mettent à parler l’anglais en français ! Non, en français normal qui est le plus couramment pratiqué, on n’« adresse » pas un problème comme on le fait en anglais, on le traite, on s’en préoccupe, on le prend en charge, mais on ne l’adresse pas. Pire encore : un chercheur parlait récemment à la radio de ses recherches sur le virus en indiquant que certains critères n’étaient pas « relevants » (en anglais relevant = approprié)! Comment ne pas être estomaqué, et comment ne pas voir là un signe évident de cuistrerie que l’habitude de publier en anglais ne peut en aucun cas excuser ?


Pour en revenir à l’anglais et à son hégémonie dans les informations émanant des institutions européennes, il ne faut guère s’attendre à ce que la situation évolue dans l’immédiat. Il est clair que plutôt que d’apprendre des langues rares (1,75 million de locuteurs pour le letton, pour ne donner que cet exemple) qui sont, en outre, passablement difficiles (pensons au finnois avec ses déclinaisons à 14 cas), le bon sens recommande de passer par l’anglais, qui permet une communication certes limitée, mais immédiate ; et ce d’autant plus que l’anglais, quoi qu’on en dise, reste une langue d’acquisition facile. Pensons simplement à l’utilisation tellement commode du « you » universel, qui évite d’avoir à se poser la question des formes de politesse, qui peuvent parfois comporter des nuances (par exemple entre la 2ème personne du pluriel et la 3ème personne du singulier, dite « de majesté »).


Bref on n’en finirait pas de lister tous les avantages qu’il y a à passer par l’anglais comme langue de communication quotidienne, de communication donc de rapprochement et de coopération. Ce n’est pas pour autant qu’il faut se résigner à voir des textes, souvent importants, n’être mis en ligne qu’en anglais, au moins dans un premier temps ; les traductions, si traductions il y a, ne suivent qu’avec retard, et parfois seulement dans les langues de travail (dont le français, heureusement, continue à faire partie). Il doit exister des canaux pour exprimer notre mécontentement, à nous de les chercher. L’enquête continue.


Jean-Luc Bernet



"Bienvenue aux cinéma britannique à Nîmes"




(1) Et pas l’espéranto hélas, diront certains… L'espéranto, simple et logique, sans irrégularités, a justement été créé pour permettre à des personnes de langues différentes de communiquer par une "tierce langue".

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