Anglais ???

J’en ai marre ! La dernière liste des formations proposées dans le cadre d’Erasmus+ aux Maisons de l’Europe via la FFME (Fédération française des Maisons de l’Europe) est absolument superbe, variée et passionnante. Mais la totalité des formations est en anglais ! Évidemment cela m’énerve car mon anglais est médiocre, et je ne veux pas me ridiculiser devant des personnes plus compétentes, même si certaines de ces formations sont là pour améliorer… mon anglais !


L’Irlande est certes un beau pays, avec 5 millions d’habitants et l’anglais comme principale langue officielle. Mais l’Union Européenne c’est plus de 445 millions d’habitants ! Que dirait-on d’une totale prééminence du slovaque, alors que les Slovaques sont plus nombreux que les Irlandais (plus les Maltais, qui ont aussi l’anglais comme une de leurs deux langues officielles) ? L'Irlande a pourtant choisi l'irlandais gaélique comme langue officielle et nationale en entrant dans l'Union, et ne le laissera jamais éliminer du corpus des langues officielles de l’UE.


L'anglais est la 2ème langue maternelle dans le monde...et la 18ème dans l'UE !


Bien sûr vous me direz que l’anglais est la langue des échanges internationaux, mais quand même, la diversité culturelle devrait aussi se démontrer en allemand, italien, français, espagnol…. Je ne suis pas bête au point de penser que l’on peut « bouter l’anglais hors de l’UE » d’un claquement de doigts, mais tous les linguistes sont d’accord sur un point: la langue a un effet important sur les concepts qu’elle véhicule. Selon Saussure : “La langue est un fait social, c’est-à-dire un fait qui est indépendant de l’action de l’individu et de ses actes et qui, au contraire, s’impose à lui dans la société, dans la « masse parlante » de tous ceux qui parlent la même langue que lui”.

De fait l’anglais est la langue de la mondialisation du commerce et du libéralisme économique et politique. Elle est aussi celle des scientifiques, mais curieusement de moins en moins celle d’Internet. L’anglais, qu’on le veuille ou non, a une connotation politique .

Selon JC Galien, politologue et enseignant à la Sorbonne : “il serait totalement incompréhensible, voire suicidaire, dans un monde multipolaire devenu celui d'un affrontement permanent de blocs de puissances, qu'après ce tournant historique (le Brexit ndlr), la domination déséquilibrée et déséquilibrante de la langue anglaise soit maintenue par les Européens eux-mêmes, conservant ainsi à d'autres acteurs très puissants, extérieurs à l'Union et étant ses concurrents, un avantage décisif d'influence au cœur de nos institutions, avantage depuis trop longtemps activé au détriment des intérêts des citoyens européens.


Lorsqu'on regarde régulièrement ce que publient les institutions européennes, on constate qu'une grande majorité des documents du Conseil de l’UE, de la Commission et même du Parlement Européen sont conçus puis produits d'abord en anglais et quasiment plus en français ou en allemand, qui sont pourtant “langues de travail” de l’UE au même niveau que l’anglais.

Depuis le BREXIT, le coût des traductions de et vers l’anglais représente toujours 1/3 du budget langues de l’UE ! Doit-on vraiment garder l’anglais comme langue de travail ? N’est-ce pas affirmer une vassalisation inéluctable aux USA et à BoJo ?


Il n’est plus possible que la langue de la « perfide Albion » persiste comme langue de travail quasi-unique de l’Union Européenne ! Mais que fait-donc la POLICE COMMISSION ?????

Devons-nous interpeller les institutions ??? Comment ???


Raison de plus pour s’exprimer dans le cadre très ouvert de la préparation de la Conférence sur l’Avenir de l’Europe, dont il faut pourtant regretter qu’elle soit souvent affublée par les institutions européennes elles-mêmes du nom de CoFoE (Conference on the Future of Europe), CQFD !!!


Charles-Antoine ROUSSY, président de la Maison de l’Europe de Nîmes

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